{"id":183,"date":"2024-10-18T00:00:00","date_gmt":"2024-10-17T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/letrangemanuscrit.art\/?p=183"},"modified":"2025-03-03T13:10:30","modified_gmt":"2025-03-03T12:10:30","slug":"la-miniature-the-miniature","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/letrangemanuscrit.art\/?p=183","title":{"rendered":"La miniature (1853)"},"content":{"rendered":"\n<h3 class=\"wp-block-heading\">J. Y. Akerman <\/h3>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\"><em>Temps de lecture: 16 minutes.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">Lors d\u2019une visite \u00e0 un ami qui avait amass\u00e9 une importante collection d&rsquo;autographes et d&rsquo;autres curiosit\u00e9s manuscrites, celui-ci me montra un petit volume <em>in-quarto<\/em> qui lui avait \u00e9t\u00e9 l\u00e9gu\u00e9 par un parent, un m\u00e9decin, qui, durant de nombreuses ann\u00e9es, avait exerc\u00e9 \u00e0 Londres.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">\u201cIl traitait les malades d&rsquo;un asile priv\u00e9 pour ali\u00e9n\u00e9s des classes les plus ais\u00e9es\u201d, me dit mon ami, \u201cet je l&rsquo;ai souvent entendu parler de l&rsquo;auteur de ce beau manuscrit, un monsieur de bonne famille intern\u00e9 \u00e0 &#8212;- House depuis plus de trente ans lorsque mon parent avait \u00e9t\u00e9 appel\u00e9 \u00e0 s\u2019occuper de lui pour la premi\u00e8re fois.\u201d<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">Examinant le volume, je le trouvai rempli de bouts de po\u00e9sie, d&rsquo;extraits d&rsquo;auteurs classiques et m\u00eame d&rsquo;auteurs talmudiques ; mais ce qui m&rsquo;int\u00e9ressa le plus fut un r\u00e9cit de plusieurs pages qui paraissait si circonstanci\u00e9 qu&rsquo;il ne laissait gu\u00e8re de doute sur le fait qu&rsquo;il ait \u00e9t\u00e9 partiellement, sinon enti\u00e8rement, fond\u00e9 sur des faits. Je demandai la permission d&rsquo;en faire une transcription, qui me fut accord\u00e9e avec empressement, et le r\u00e9sultat est devant les yeux du lecteur.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-source-serif-font-family\">*<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">Nous nous moquons de ce que nous appelons le folklore de nos anc\u00eatres, de leurs id\u00e9es sur le destin et l\u2019influence maligne des \u00e9toiles. Lesquelles de nos croyances nos enfants tourneront-ils en ridicule ? Peut-\u00eatre d\u2019avoir r\u00eav\u00e9 que l&rsquo;amiti\u00e9 \u00e9tait une r\u00e9alit\u00e9, et que l&rsquo;amour fid\u00e8le habitait la terre. Je croyais autrefois que l&rsquo;amiti\u00e9 n&rsquo;\u00e9tait pas un vain mot, et je pensais, avec le sage antique, qu&rsquo;un seul esprit pouvait parfois habiter deux corps. J&rsquo;ai r\u00eav\u00e9, et je me suis r\u00e9veill\u00e9 pour d\u00e9couvrir que j&rsquo;avais r\u00eav\u00e9 !<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">George S. \u00e9tait un ami d\u2019\u00e9cole et devint un compagnon ins\u00e9parable \u00e0 l\u2019universit\u00e9. Nous la quitt\u00e2mes en m\u00eame temps, lui pour se rendre \u00e0 Londres, o\u00f9 il esp\u00e9rait obtenir un poste lucratif dans l&rsquo;une des colonies anglaises, et moi pour retourner, pour une courte p\u00e9riode, dans la demeure familiale. Lorsque j&rsquo;arrivai \u00e0 &#8212;Hall, j&rsquo;y trouvai plusieurs visiteurs, parmi lesquels ma cousine, Maria D. Elle \u00e9tait devenue femme depuis la derni\u00e8re fois que je l&rsquo;avais rencontr\u00e9e, et je pensais maintenant n\u2019avoir jamais vu silhouette plus parfaite, ou visage plus envo\u00fbtant. De plus, elle chantait comme une sir\u00e8ne et \u00e9tait une \u00e9l\u00e9gante cavali\u00e8re. Mes lecteurs s&rsquo;\u00e9tonneront-ils que je sois tomb\u00e9 amoureux d&rsquo;elle, que j&rsquo;aie pass\u00e9 presque toute mes journ\u00e9es en sa compagnie, et que je n\u2019aie pu penser \u00e0 rien d&rsquo;autre qu\u2019elle au monde ?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">Une circonstance retarda le d\u00e9part d&rsquo;Angleterre de mon ami George, et, comme il tra\u00eenait en ville, je l&rsquo;invitai \u00e0 &#8212;Hall. Malgr\u00e9 toute l&rsquo;estime que j&rsquo;avais pour lui, je d\u00e9couvris maintenant que je supportais moins bien sa compagnie. Comment s\u2019en \u00e9tonner ! Je pr\u00e9f\u00e9rais la soci\u00e9t\u00e9 de ma charmante cousine, sur le c\u0153ur de laquelle, eus-je le bonheur d&rsquo;apprendre, mes constantes attentions avaient d\u00e9j\u00e0 fait une impression sensible. Bien que j&rsquo;eusse des raisons de croire que notre attachement \u00e9tait mutuel, j&rsquo;h\u00e9sitai \u00e0 lui faire ma demande, en partie, peut-\u00eatre, \u00e0 cause de cette d\u00e9licatesse excessive qui accompagne toujours le v\u00e9ritable amour, et en partie parce que je souhaitais le faire quand mon ami, reparti, n\u2019aurait pas risqu\u00e9 de nous d\u00e9ranger. J&rsquo;aurais tant voulu que les fonds marins l&rsquo;aient englouti, ou qu&rsquo;il ait pourri sous un soleil tropical, plut\u00f4t qu&rsquo;il ne f\u00fbt venu \u00e0 &#8212;Hall !<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">Un matin, je me levai plus t\u00f4t que d&rsquo;habitude et, de la fen\u00eatre de ma chambre, je regardai la belle vue qu&rsquo;offrait la maison. Plong\u00e9 dans une d\u00e9licieuse r\u00eaverie, dont ma charmante cousine \u00e9tait le principal sujet, je ne pr\u00eatai gu\u00e8re attention au bruit des voix en contrebas.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">Soudain, cependant, mes sens s\u2019\u00e9veill\u00e8rent, car les douces tonalit\u00e9s d&rsquo;une femme en conversation s\u00e9rieuse frapp\u00e8rent mon oreille. Oui, c&rsquo;\u00e9tait la sienne, c&rsquo;\u00e9tait la voix de Maria. Qu&rsquo;est-ce qui pouvait bien la faire sortir \u00e0 une heure aussi matinale ? Comme je regardai attentivement en direction du chemin qui traversait la plantation, j&rsquo;en vis \u00e9merger ma cousine et mon ami ! Mon c\u0153ur me monta jusqu&rsquo;aux l\u00e8vres et \u00e9touffa toute parole, sans quoi j&rsquo;aurais cri\u00e9 \u00e0 cette vue. Je m\u2019\u00e9loignai de la fen\u00eatre et me jetai sur le sofa, tourment\u00e9 par des suppositions mille fois plus douloureuses que toute r\u00e9alit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">\u00c0 la table du petit-d\u00e9jeuner j&rsquo;\u00e9tais maussade et pensif, ce que mon ami per\u00e7ut. Il tenta une plaisanterie, mais je n&rsquo;\u00e9tais pas d&rsquo;humeur \u00e0 la recevoir. Maria, d&rsquo;un ton compatissant, me fit remarquer que je n&rsquo;avais pas l&rsquo;air bien, et que j\u2019aurais d\u00fb faire une promenade \u00e0 pied ou \u00e0 cheval avant le petit-d\u00e9jeuner, ajoutant qu&rsquo;elle et George S. avaient march\u00e9 pendant plus d\u2019une heure ce matin dans la plantation pr\u00e8s de la maison. Bien que cette annonce f\u00fbt \u00e0 coup s\u00fbr mal calcul\u00e9e pour calmer mon esprit, elle fut faite d&rsquo;un air si simple que mes suppositions les plus sombres s&rsquo;\u00e9vanouirent et que je me r\u00e9tablis ; mais je souhaitais que mon ami prenne cong\u00e9. Le proverbe italien le dit justement : \u00ab\u00a0le prix de l&rsquo;amour est la jalousie\u00a0\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">Apr\u00e8s le petit-d\u00e9jeuner, George S. me proposa une promenade \u00e0 pied jusqu&rsquo;aux ruines de l&rsquo;abbaye cistercienne, \u00e0 environ un mille du manoir, ce \u00e0 quoi je consentis imm\u00e9diatement. Tandis que nous marchions le long de la belle all\u00e9e ombrag\u00e9e qui menait aux ruines, George, aussi loquace que d&rsquo;habitude, parlait de tout et de tous, et de son espoir de r\u00e9aliser une fortune \u00e0 l&rsquo;\u00e9tranger. Je n&rsquo;\u00e9tais pas d&rsquo;humeur \u00e0 parler, et je ne lui fis que de courtes r\u00e9ponses ; mais il ne semblait pas tenir compte de mon air taciturne, et, quand nous arriv\u00e2mes sur place, il s\u2019extasia \u00e0 la vue des ruines majestueuses.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">Et vraiment, c&rsquo;\u00e9tait un spectacle dont la contemplation aurait pu bercer l&rsquo;esprit de la plupart des hommes !<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">Des milliers d&rsquo;oiseaux chantaient autour de nous ; l&rsquo;herbe pr\u00e8s des ruines n&rsquo;\u00e9tait pas longue et drue, mais courte, serr\u00e9e, constell\u00e9e de tr\u00e8fles et douce comme un tapis pr\u00e9cieux. Un lierre luxuriant grimpait le long des murs bris\u00e9s blanchis par le vent des si\u00e8cles ; et, alors que nous approchions du site, les l\u00e9zards qui se pr\u00e9lassaient au soleil se pr\u00e9cipitaient sous des blocs \u00e9croul\u00e9s au bruit de nos pas.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">Nous nous ass\u00eemes tous les deux sur une grande pierre et examin\u00e2mes le noble oriel. J&rsquo;aimais passionn\u00e9ment l&rsquo;architecture gothique, et j&rsquo;avais souvent admir\u00e9 cette fen\u00eatre, mais je me figurai ne jamais l&rsquo;avoir vue aussi belle auparavant. Mes pens\u00e9es moroses s&rsquo;envol\u00e8rent et j&rsquo;\u00e9tais plong\u00e9 dans la contemplation de l&rsquo;exquis remplage, lorsque je fus soudain ramen\u00e9 \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 par mon ami qui, me tapant famili\u00e8rement dans le dos, s&rsquo;exclama : \u00ab\u00a0C&rsquo;est une belle ruine, Dick ! Comme j&rsquo;aurais aim\u00e9 que ta douce cousine, Maria, nous accompagne !\u00a0\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">Je fus frapp\u00e9 de mutisme \u00e0 cette d\u00e9claration ; mais mon regard \u00e9tait assez \u00e9loquent pour qu\u2019il le comprit, et il ne manqua pas de l&rsquo;interpr\u00e9ter avec justesse. Il parut confus, et moi, reprenant mon aplomb, je me levai de mon si\u00e8ge avec cette remarque laconique : \u00ab\u00a0En effet !\u00a0\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">George S. tenta de rire, mais sans succ\u00e8s ; il \u00e9tait manifestement aussi d\u00e9concert\u00e9 et troubl\u00e9 que moi&#8230; Comme l&rsquo;amour a des yeux de lynx ! Nous lisions mutuellement, au m\u00eame moment, dans le c\u0153ur de l&rsquo;autre.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">\u201cJe suis d\u00e9sol\u00e9 pour toi, Dick\u00a0\u00bb, dit-il apr\u00e8s une courte pause, en prenant un air indiff\u00e9rent tr\u00e8s maladroit ; \u00ab\u00a0sur mon \u00e2me, je le suis ; mais je suis fou amoureux de cette fille, et je mourrais \u00e0 la seule pens\u00e9e qu&rsquo;elle donne ses faveurs \u00e0 un autre\u00a0\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">J&rsquo;aurais voulu avoir la force de Milon, pour lui faire \u00e9clater la cervelle contre l&rsquo;\u00e9norme pierre sur laquelle nous \u00e9tions assis. Je sentis mon sang bouillir \u00e0 ces paroles, et de mon poing serr\u00e9 je lui ass\u00e9nai un coup violent, qui, s&rsquo;il ne le fit pas tomber \u00e0 terre, le fit chanceler de plusieurs pas en arri\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">\u00a0\u00bbMenteur !\u00a0\u00bb criai-je fr\u00e9n\u00e9tiquement, \u00a0\u00bbPrends \u00e7a ! Tu n&rsquo;oseras pas poursuivre ta folie.\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">Reprenant son \u00e9quilibre, George S. porta la main \u00e0 son \u00e9p\u00e9e, qu&rsquo;il d\u00e9gaina \u00e0 moiti\u00e9 ; mais, comme s&rsquo;il \u00e9tait conscient qu&rsquo;aucun t\u00e9moin n&rsquo;\u00e9tait pr\u00e9sent, ou comme s&rsquo;il voulait, peut-\u00eatre, me convaincre encore plus de l&rsquo;avantage qu&rsquo;il poss\u00e9dait, il ne la tira pas. \u00ab\u00a0Non,\u00a0\u00bb dis-je, \u00ab\u00a0sors ton arme ; je n\u2019accepterai rien de moins. Je pr\u00e9f\u00e9rerais perdre mon droit d&rsquo;a\u00eenesse que de te c\u00e9der un \u00eatre sans lequel ma vie n&rsquo;aurait aucune valeur\u00a0\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">Il sourit am\u00e8rement, essuya son visage meurtri et sanglant, et tira lentement de sa poitrine une petite miniature, cercl\u00e9e de diamants, qu&rsquo;il tint devant mes yeux. Un seul coup d&rsquo;\u0153il me suffit : c&rsquo;\u00e9tait le portrait de Maria ! C&rsquo;est ce visage qui, endormi ou \u00e9veill\u00e9, m&rsquo;a hant\u00e9 ces trente derni\u00e8res ann\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">\u00a0\u00bb Vaurien !\u00a0\u00bb m&rsquo;\u00e9criai-je en m&rsquo;agrippant \u00e0 la miniature de la main gauche, tandis que j&rsquo;arrachais de la main droite mon \u00e9p\u00e9e de son fourreau, \u00ab\u00a0Tu l&rsquo;as vol\u00e9e\u00a0\u00bb.\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">Affichant un sang-froid qu&rsquo;il \u00e9tait impossible qu&rsquo;il p\u00fbt \u00e9prouver, il sourit de nouveau, remit la miniature sur sa poitrine, et tira son \u00e9p\u00e9e. L&rsquo;instant d&rsquo;apr\u00e8s, nos lames brillantes dans le soleil du matin se croisaient dans un choc furieux.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">Mon adversaire \u00e9tait parfaitement ma\u00eetre de son arme, et il me pressait avec une vigueur que toute tentative de riposte aurait rendue dangereuse chez quelqu&rsquo;un d&rsquo;aussi inf\u00e9rieur \u00e0 lui en habilet\u00e9. J\u2019\u00e9tais furieux, mais je me dominai pourtant et me tins sur mes gardes, les yeux fix\u00e9s sur lui, \u00e9piant chaque regard : mon d\u00e9sir de le d\u00e9truire \u00e9tait intense. Le d\u00e9mon agitait mon bras et, tandis que le combat \u00e9chauffait mon adversaire, je devenais plus froid et vigilant. Finalement, il sembla se lasser et je le pressai avec la ferme intention de lui \u00f4ter la vie ; mais il se reprit instantan\u00e9ment et, en retournant un coup que je destinais \u00e0 son c\u0153ur et qu&rsquo;il para tout juste \u00e0 temps, son pied glissa et il tomba sur un genou, la pointe de mon \u00e9p\u00e9e p\u00e9n\u00e9trant par accident \u00e0 gauche de sa poitrine. Ce n&rsquo;\u00e9tait pas une blessure profonde, et peut-\u00eatre ne la sentit-il pas, car il essaya de contr\u00f4ler mon \u00e9p\u00e9e de sa main gauche, tandis qu&rsquo;il raccourcissait sa propre arme et me frappait f\u00e9rocement \u00e0 la gorge, faisant en m\u00eame temps un bond pour se remettre sur pieds. Mais son destin \u00e9tait scell\u00e9 : alors qu&rsquo;il se relevait, je repoussai le coup qui m&rsquo;\u00e9tait destin\u00e9, et j\u2019enfon\u00e7ai plus profond\u00e9ment mon arme dans sa poitrine. Je crois que je lui transper\u00e7ai le c\u0153ur, car il tomba \u00e0 genoux dans un soupir, et l&rsquo;instant d&rsquo;apr\u00e8s, il s\u2019\u00e9croula lourdement sur le visage, son \u00e9p\u00e9e toujours serr\u00e9e dans sa main.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">Las et haletant sous l&rsquo;effet de cette lutte violente, je me jetai sur le rocher qui nous avait servi de si\u00e8ge, et je regardai le corps de mon adversaire. Il \u00e9tait mort. Ce coup fatal avait d\u00e9truit toute rivalit\u00e9, mais au prix d&rsquo;un meurtre, le meurtre de celui qui avait \u00e9t\u00e9 mon ami d\u00e8s l&rsquo;enfance ! Des milliers d&rsquo;\u00e9motions contradictoires me secou\u00e8rent \u00e0 la vue de ce spectacle pitoyable. La haine s&rsquo;\u00e9teignit, le remords lui succ\u00e9da, mais je pensais encore \u00e0 l&rsquo;audace de celui qui avait provoqu\u00e9 un ressentiment si mortel. La peur, aussi, la peur des cons\u00e9quences de cette rencontre fatale dans un endroit solitaire, sans t\u00e9moins, ajoutait \u00e0 l&rsquo;intensit\u00e9 de ma d\u00e9tresse, et je g\u00e9missais d&rsquo;angoisse. Que devais-je faire ? Aller me livrer \u00e0 la justice et d\u00e9clarer toute la v\u00e9rit\u00e9 ? M&rsquo;enfuir et laisser le corps de mon ami conter cette triste histoire ? Ou l&rsquo;enterrer secr\u00e8tement et laisser croire qu&rsquo;il avait \u00e9t\u00e9 vol\u00e9 et assassin\u00e9 ? Comme chaque suggestion \u00e9tait examin\u00e9e et rejet\u00e9e, dans mon d\u00e9sespoir, je songeai m\u00eame \u00e0 mourir de ma propre main.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">\u00ab\u00a0Ah ! Malheureux !\u00a0\u00bb m\u2019exclamai-je : \u00ab\u00a0Qu&rsquo;as-tu fait ? \u00c0 quelle terrible n\u00e9cessit\u00e9 t&rsquo;a pouss\u00e9 ce visage beau et faux ? Pourtant, je vais encore une fois regarder ces traits ravissants qui m&rsquo;ont men\u00e9 sur cette voie mis\u00e9rable !\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">Je me baissai et retournai le mort sur le dos. Son visage bl\u00eame \u00e9tait tordu et d\u00e9form\u00e9, ses l\u00e8vres ensanglant\u00e9es, et ses yeux, grands ouverts, semblaient encore briller de haine et de d\u00e9fi, comme lorsqu&rsquo;il se tenait devant moi dans notre lutte d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e pour la vie et la mort. Je d\u00e9chirai sa veste et d\u00e9couvris la blessure qui l&rsquo;avait tu\u00e9. Elle s&rsquo;\u00e9tait affaiss\u00e9e et ne semblait pas plus grande qu&rsquo;une piq\u00fbre d\u2019aiguille, mais une petite tache ronde cramoisie \u00e9tait visible ; l&rsquo;h\u00e9morragie \u00e9tait interne. C&rsquo;est l\u00e0 que gisait la miniature qui, quelques minutes auparavant, avait \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sent\u00e9e avec exaltation \u00e0 mon regard d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9. Je la saisis et la pressai contre mes l\u00e8vres, oubliant dans mes transports combien je l&rsquo;avais pay\u00e9e cher.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">Ce d\u00e9lire, cependant, se dissipa vite, et mes pens\u00e9es se port\u00e8rent sur le cadavre. Je cherchai autour de moi quelque recoin o\u00f9 je pourrais le d\u00e9poser. \u00c0 quelques m\u00e8tres de l\u00e0, parmi les ruines, il y avait un trou dans le sol, o\u00f9 le toit vo\u00fbt\u00e9 de la crypte s\u2019\u00e9tait \u00e9croul\u00e9. Il \u00e9tait \u00e0 peine assez grand pour accueillir le cadavre ; mais je le soulevai dans mes bras, l&rsquo;y portai et, avec quelque difficult\u00e9, le poussai dans l&rsquo;ouverture. Je l\u2019entendis tomber \u00e0 une certaine profondeur, avec un son sourd et lourd ; et, jetant ensuite le chapeau et l&rsquo;\u00e9p\u00e9e de mon adversaire, je me pr\u00e9cipitai loin de cet endroit comme un nouveau Ca\u00efn.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">Au d\u00eener, un seul regard de Maria, lorsque je r\u00e9pondis, alors qu\u2019elle me demandait o\u00f9 \u00e9tait George S., qu&rsquo;il \u00e9tait parti faire une visite \u00e0 quelques kilom\u00e8tres de l\u00e0&#8230; un seul regard, dis-je, fit vibrer mon \u00e2me, et me poussa presque \u00e0 me trahir. Tout le monde remarqua mon trouble, et, pr\u00e9textant un violent mal de t\u00eate, je me retirai de table avant la fin du repas et me r\u00e9fugiai dans ma chambre.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">Comment pourrais-je d\u00e9crire l&rsquo;horreur de cette soir\u00e9e, de la nuit qui suivit, et l&rsquo;obscurit\u00e9 mentale qui s&rsquo;abattit sur ma mis\u00e9rable personne avant que l&rsquo;aube ne se l\u00e8ve ! La nuit vint ; je sonnai pour qu\u2019on m\u2019apporte de la lumi\u00e8re et j&rsquo;essayai de lire, mais en vain ; et, apr\u00e8s avoir arpent\u00e9 ma chambre pendant quelques heures, accabl\u00e9 de fatigue, je me jetai sur le lit et dormis, combien de temps je ne sais pas. Une succession de r\u00eaves hideux hantait mon sommeil, mais ils ne me r\u00e9veillaient pas ; les sc\u00e8nes changeaient lorsqu&rsquo;elles atteignaient leur point culminant, et une nouvelle \u00e9preuve d&rsquo;horreurs leur succ\u00e9dait ; pourtant, comme celui qui souffre d&rsquo;un cauchemar, avec une vague conscience que tout cela n&rsquo;\u00e9tait pas r\u00e9el, je souhaitais m&rsquo;\u00e9veiller. Enfin, je r\u00eavai que j&rsquo;\u00e9tais mis en accusation pour le meurtre de mon ami. Le juge r\u00e9suma les preuves, qui, bien que purement circonstancielles, \u00e9taient suffisantes pour me condamner ; et, au milieu du silence du tribunal bond\u00e9, rompu seulement par les sanglots d&rsquo;amis et de parents anxieux et compatissants, je re\u00e7us la sentence de mort, et fus ramen\u00e9 en h\u00e2te dans ma cellule. L\u00e0, ayant abandonn\u00e9 tout espoir, je gisais en g\u00e9missant sur mon lit de paille, et je maudissais l&rsquo;heure de ma naissance. Une silhouette entra, et dans des accents doux que je crus reconna\u00eetre, me demanda de me lever, de quitter ma prison et de la suivre. La silhouette \u00e9tait celle d&rsquo;une femme strictement voil\u00e9e. Elle ouvrit le chemin et passa devant les ge\u00f4liers, qui semblaient plong\u00e9s dans un profond sommeil. Nous quitt\u00e2mes la ville, travers\u00e2mes le terrain communal et entr\u00e2mes dans un bois. Je me jetai alors aux pieds de ma lib\u00e9ratrice et la suppliai passionn\u00e9ment d\u2019\u00f4ter son voile. Elle secoua tristement la t\u00eate, me pria d&rsquo;attendre son retour avec des v\u00eatements de rechange, et s&rsquo;en alla.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">Je me jetai au pied d&rsquo;un vieux ch\u00eane, tirai de mon sein le portrait de Maria, et, plong\u00e9 dans la contemplation de ces charmants traits, je ne remarquai pas l&rsquo;approche d&rsquo;un homme, le garde forestier, qui, reconnaissant ma tenue de prisonnier, se pr\u00e9cipita sur moi en s&rsquo;exclamant : \u00ab\u00a0Sc\u00e9l\u00e9rat ! Tu t&rsquo;es \u00e9chapp\u00e9 de prison et tu as vol\u00e9 cette miniature au manoir !\u00a0\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">Je bondis, j&rsquo;enfon\u00e7ai le portrait fatal sur ma poitrine et tentai de m&rsquo;enfuir, mais il me saisit et se colla contre moi. Dans la lutte qui suivit, nous tomb\u00e2mes tous les deux. J\u2019\u00e9tais le plus faible. \u00c0 ce moment-l\u00e0, je me r\u00e9veillai ; j&rsquo;\u00e9tais en r\u00e9alit\u00e9 en train de me battre avec quelqu&rsquo;un, mais je ne pouvais savoir qui, car mes bougies s&rsquo;\u00e9taient \u00e9teintes et la chambre \u00e9tait dans une obscurit\u00e9 totale. Une main puissante et osseuse me saisissait fermement la gorge, tandis qu&rsquo;une autre s&rsquo;enfon\u00e7ait dans ma poitrine, comme pour y chercher la miniature que j&rsquo;y avais plac\u00e9 avant de m&rsquo;allonger.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">Dans un effort d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9, je me d\u00e9gageai et sautai du lit, mais je fus de nouveau agripp\u00e9, et mon assaillant essaya encore une fois d&rsquo;atteindre ma fatale r\u00e9compense. Nous nous batt\u00eemes violemment ; une seconde, je crus prendre le dessus, et, quelques instants, il y eut une pause pendant laquelle j&rsquo;entendis ma propre respiration et sentis mon propre c\u0153ur battre violemment ; mais celui avec qui je me battais semblait ne pas respirer, ni m\u00eame \u00eatre un homme chaud et vivant. Un tremblement indescriptible secoua mon corps ; j&rsquo;essayai de crier, mais ma gorge \u00e9tait serr\u00e9e et incapable d&rsquo;articuler le moindre son. Je fis un nouvel effort pour me d\u00e9gager de l&#8217;emprise de mon assaillant, et ce faisant, je l&rsquo;attirai, comme je le constatai au contact des rideaux, pr\u00e8s de la fen\u00eatre. De nouveau, la main s&rsquo;enfon\u00e7a dans ma poitrine, et de nouveau, je la repoussai\u00a0\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">Haletant \u00e0 cause de la violence de la lutte, tandis qu&rsquo;une sueur froide jaillissait de tous mes pores, je d\u00e9gageai ma main droite, et, d\u00e9termin\u00e9 \u00e0 voir avec qui je me battais, j&rsquo;\u00e9cartai le rideau. La faible lumi\u00e8re de la lune d\u00e9croissante p\u00e9n\u00e9tra dans la chambre ; elle tomba sur le visage de mon antagoniste, et un seul regard suffit \u00e0 me glacer le sang dans les veines. C&rsquo;\u00e9tait lui ! C&rsquo;\u00e9tait George S. ; celui que j&rsquo;avais assassin\u00e9, qui me fixait d\u2019un regard furieux qu&rsquo;aucun mortel ne pouvait contempler une seconde fois ! Mon cerveau se mit \u00e0 tourbillonner, un bruit semblable \u00e0 celui d&rsquo;une d\u00e9charge d&rsquo;artillerie secoua la pi\u00e8ce, et je tombai \u00e0 terre, an\u00e9anti par cette vision.\u201d<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-source-serif-font-family\">*<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">Suivent quelques phrases incoh\u00e9rentes, que je n&rsquo;ai pas jug\u00e9 n\u00e9cessaire de transcrire. Le lecteur se figurera probablement lui-m\u00eame la suite de cette triste histoire.\u00a0<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\"><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-source-serif-font-family\">Fin de<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-source-serif-font-family\"><em>La miniature<\/em>, de J. Y. Ackerman<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>J. Y. Akerman Temps de lecture: 16 minutes. 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