{"id":155,"date":"2024-10-04T12:24:41","date_gmt":"2024-10-04T10:24:41","guid":{"rendered":"https:\/\/letrangemanuscrit.art\/?p=155"},"modified":"2025-03-03T13:15:30","modified_gmt":"2025-03-03T12:15:30","slug":"le-puits-the-well","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/letrangemanuscrit.art\/?p=155","title":{"rendered":"Le puits (1898)"},"content":{"rendered":"\n<h3 class=\"wp-block-heading\">W. W. Jacobs <\/h3>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\"><em>Temps de lecture : 23 minutes<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">Deux hommes bavardaient dans la salle de billard d&rsquo;une ancienne maison de campagne. La partie, qui s&rsquo;\u00e9tait d\u00e9roul\u00e9e sans enthousiasme, \u00e9tait termin\u00e9e. Ils s\u2019\u00e9taient assis devant une fen\u00eatre ouverte et bavardaient en regardant le parc qui s&rsquo;\u00e9tendait \u00e0 leurs pieds.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">\u00ab C\u2019en est bient\u00f4t fini pour toi, Jem \u00bb, dit l&rsquo;un d&rsquo;eux.&nbsp; \u00abDans six semaines, tu bailleras d\u2019ennui en maudissant l&rsquo;homme &#8211; la femme, je veux dire &#8211; qui a invent\u00e9 les lunes de miel. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">Jem Benson \u00e9tira ses longs membres dans son fauteuil et grogna en signe de d\u00e9saccord.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">\u00ab Je n&rsquo;ai jamais compris ce truc \u00bb, poursuit Wilfred Carr en baillant. \u00ab Cela me d\u00e9passe compl\u00e8tement ; je n&rsquo;ai jamais eu assez d&rsquo;argent pour subvenir \u00e0 mes propres besoins, et encore moins \u00e0 ceux de deux personnes. Peut-\u00eatre que si j&rsquo;\u00e9tais aussi riche que toi, ou que Cr\u00e9sus, je verrais les choses diff\u00e9remment \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">Il y avait juste assez de sens dans la derni\u00e8re partie de cette remarque pour que son cousin s&rsquo;abstienne d&rsquo;y r\u00e9pondre. Il continuait \u00e0 regarder par la fen\u00eatre et \u00e0 fumer lentement.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">\u00ab N&rsquo;\u00e9tant pas aussi riche que Cr\u00e9sus &#8211; ou que toi \u00bb, reprit Carr en le scrutant, les paupi\u00e8res basses, \u00ab je descends le cours du Temps dans mon propre cano\u00eb et, l&rsquo;attachant aux montants des portes de mes amis, j&rsquo;entre pour manger leurs d\u00eeners. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">\u00ab C&rsquo;est fort v\u00e9nitien \u00bb, dit Jem Benson, qui regardait toujours par la fen\u00eatre. \u00ab Cela t\u2019est plut\u00f4t profitable, Wilfred, d\u2019avoir ces montants de porte et ces d\u00eeners &#8211; et ces amis. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">Carr grogna \u00e0 son tour. \u00ab S\u00e9rieusement, Jem, dit-il lentement, tu as de la chance, beaucoup de chance. S&rsquo;il existe une fille plus parfaite qu&rsquo;Olive, j&rsquo;aimerais la voir. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">\u00ab Oui \u00bb, dit l&rsquo;autre calmement.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">\u00ab C&rsquo;est une fille tellement exceptionnelle \u00bb, poursuivit Carr en regardant par la fen\u00eatre. \u00ab Elle est si bonne et si douce. Elle pense que tu es un bouquet de toutes les vertus. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">Il rit franchement, joyeusement, mais l&rsquo;autre ne se joignit pas \u00e0 lui. \u00ab Elle a un sens aigu du bien et du mal, cependant \u00bb, poursuivit Carr, d&rsquo;un air songeur. \u00ab Tu sais, je crois que si elle venait \u00e0 d\u00e9couvrir que tu n\u2019es pas -\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">\u00ab Pas quoi ?\u00bb demanda Benson, se tournant violemment vers lui, \u00ab Pas quoi ?\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">\u00ab Tout ce que tu es \u00bb, r\u00e9pondit son cousin avec un sourire qui d\u00e9mentait ses paroles, \u00ab je crois qu&rsquo;elle te laisserait tomber. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">\u00ab Parlons d&rsquo;autre chose \u00bb, dit Benson lentement ; \u00ab tes plaisanteries ne sont pas toujours du meilleur go\u00fbt. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">Wilfred Carr se leva et, prenant une queue de billard, se pencha sur la table et pratiqua un ou deux de ses coups pr\u00e9f\u00e9r\u00e9s. \u00ab Le seul autre sujet dont je puisse parler en ce moment est ma propre situation financi\u00e8re \u00bb, dit-il lentement en faisant le tour de la table.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">\u00ab Parle d&rsquo;autre chose \u00bb, r\u00e9p\u00e9ta Benson sans m\u00e9nagement.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">\u00ab Et les deux choses sont li\u00e9es \u00bb, dit Carr qui, laissant tomber sa queue, s&rsquo;assit \u00e0 demi sur la table et regarda son cousin.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">Il y eut un long silence. Benson jeta le bout de son cigare par la fen\u00eatre et, se penchant en arri\u00e8re, ferma les yeux.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">\u00ab Tu me suis ? \u00bb demanda Carr.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">Benson ouvrit les yeux et fit un signe de t\u00eate vers la fen\u00eatre.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">\u00ab Et mon cigare, tu veux le suivre ? \u00bb demanda-t-il.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">\u00ab Je pr\u00e9f\u00e9rerais partir par le chemin habituel, dans ton int\u00e9r\u00eat \u00bb, r\u00e9pondit l&rsquo;autre, nullement d\u00e9contenanc\u00e9. \u00ab Si je sortais par la fen\u00eatre, on me poserait toutes sortes de questions, et tu sais combien je suis bavard.\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">\u00ab Tant que tu ne parles pas de mes affaires \u00bb, r\u00e9pondit l&rsquo;autre, se contenant au prix d&rsquo;un effort \u00e9vident, \u00ab tu peux parler \u00e0 tort et \u00e0 travers \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">\u00ab Je suis dans le p\u00e9trin \u00bb, dit Carr, lentement, \u00ab dans le p\u00e9trin. Si je ne r\u00e9unis pas mille cinq cents dollars d&rsquo;ici quinze jours, je suis bon pour \u00eatre log\u00e9 et nourri aux frais de la justice. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">\u00ab Cela changerait-il quelque chose ? \u00bb demanda Benson.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">\u00ab La qualit\u00e9, oui \u00bb, r\u00e9torqua l&rsquo;autre. \u00ab L&rsquo;adresse non plus ne serait pas bonne. S\u00e9rieusement, Jem, me donnerais-tu les quinze cents ? \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">\u00ab Non \u00bb, r\u00e9pondit l&rsquo;autre simplement.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">Carr p\u00e2lit. \u00ab C&rsquo;est pour me sauver de la ruine \u00bb, dit-il d&rsquo;une voix lourde.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">\u00ab Je t\u2019ai aid\u00e9 jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;\u00e9puisement \u00bb, dit Benson en se tournant vers lui et en le fixant, \u00ab et tout cela ne sert \u00e0 rien. Si tu t\u2019es mis dans le p\u00e9trin, sors-t-en. Tu aimes un peu trop donner tes autographes. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">\u00ab C&rsquo;est idiot, je l&rsquo;admets \u00bb, dit Carr, d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment. \u00ab Je ne le ferai plus. D&rsquo;ailleurs, j&rsquo;en ai quelques-uns \u00e0 vendre. Pas besoin de ricaner. Ce ne sont pas les miens. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">\u00ab A qui appartiennent-ils ? \u00bb demanda l&rsquo;autre.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">\u00ab Ce sont les tiens. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">Benson se leva de sa chaise et s&rsquo;approcha de lui. \u00ab Qu&rsquo;est-ce que \u00e7a veut dire ? \u00bb demanda-t-il \u00e0 voix basse. \u00ab Du chantage ? \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">\u00ab Appelle-\u00e7a comme tu veux \u00bb, dit Carr. \u00ab J&rsquo;ai des lettres \u00e0 vendre, au prix de mille cinq cents dollars. Et je connais un homme qui les ach\u00e8terait \u00e0 ce prix pour la seule opportunit\u00e9 de te ravir Olive. Je te fais la premi\u00e8re offre. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">\u00ab Si tu as des lettres portant ma signature, aie l\u2019obligeance de me les rendre \u00bb, dit Benson, tr\u00e8s lentement.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">\u00ab Elles sont \u00e0 moi \u00bb, dit Carr avec l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 ; \u00ab elles m&rsquo;ont \u00e9t\u00e9 donn\u00e9es par la dame \u00e0 qui tu les as \u00e9crites. Je dois dire qu&rsquo;elles ne sont pas toutes du meilleur go\u00fbt. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">Son cousin s&rsquo;avan\u00e7a brusquement et, l&rsquo;attrapant par le col de son manteau, le plaqua sur la table.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">\u00ab Donne-moi ces lettres \u00bb, souffla-t-il en approchant son visage de celui de Carr.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">\u00ab Elles ne sont pas ici \u00bb, dit Carr en se d\u00e9battant. \u00ab Je ne suis pas idiot. Laisse-moi partir, ou j&rsquo;augmente le prix. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">L&rsquo;autre homme le souleva de ses mains puissantes, avec l&rsquo;intention apparente de lui \u00e9craser la t\u00eate contre la table. Puis, soudain, son emprise se rel\u00e2cha tandis qu&rsquo;une domestique, l&rsquo;air \u00e9tonn\u00e9e, entrait dans la pi\u00e8ce avec du courrier. Carr se leva pr\u00e9cipitamment.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">\u00ab C&rsquo;est ainsi que les choses se sont pass\u00e9es \u00bb, dit Benson \u00e0 l&rsquo;intention de la jeune fille tout en prenant les lettres.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">\u00ab Je ne m&rsquo;\u00e9tonne pas que l&rsquo;autre l&rsquo;ait fait payer, alors \u00bb, dit Carr d&rsquo;un ton calme.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">\u00ab Tu me donneras ces lettres ? \u00bb dit Benson d&rsquo;un ton suggestif, alors que la jeune fille quittait la pi\u00e8ce.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">\u00ab Au prix que j&rsquo;ai indiqu\u00e9, oui, r\u00e9pondit Carr ; mais sur ma vie, si tu poses encore tes mains maladroites sur moi, je double le prix. Maintenant, je vais te laisser un peu de temps pour r\u00e9fl\u00e9chir. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">Il prit un cigare dans la bo\u00eete et, l&rsquo;allumant avec pr\u00e9caution, quitta la pi\u00e8ce. Son cousin attendit que la porte se referme derri\u00e8re lui, puis, se tournant vers la fen\u00eatre, s\u2019assit dans une fureur aussi silencieuse que terrible.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">L&rsquo;air du parc \u00e9tait frais et doux, charg\u00e9 de l&rsquo;odeur de l&rsquo;herbe fra\u00eechement coup\u00e9e. Le fumet d&rsquo;un cigare s&rsquo;y ajoutait maintenant et, jetant un coup d&rsquo;\u0153il dehors, il aper\u00e7ut son cousin qui marchait lentement. Il se leva et se dirigea vers la porte, puis, semblant changer d&rsquo;avis, il retourna \u00e0 la fen\u00eatre et observa la silhouette qui s&rsquo;\u00e9loignait calmement au clair de lune. Alors il se leva \u00e0 nouveau et, longtemps, la pi\u00e8ce resta vide.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">* * * * *<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">La pi\u00e8ce \u00e9tait toujours vide lorsque Mme Benson vint, un peu plus tard, souhaiter bonne nuit \u00e0 son fils en allant se coucher. Elle fit doucement le tour de la table et, s&rsquo;arr\u00eatant devant la fen\u00eatre, contempla le parc d&rsquo;un air pensif. Elle aper\u00e7ut alors la silhouette de son fils qui revenait \u00e0 grands pas vers la maison. Il leva les yeux vers la fen\u00eatre.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">\u00ab Bonne nuit \u00bb, dit-elle.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">\u00ab Bonne nuit \u00bb, dit Benson d&rsquo;une voix grave.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">\u00ab O\u00f9 est Wilfred ? \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">\u00ab Oh, il est parti \u00bb, dit Benson.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">\u00ab Parti ? \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">\u00ab Nous avons eu quelques mots ; il voulait encore de l&rsquo;argent et je lui ai dit ce que j\u2019en pensais. Je ne crois pas que nous le reverrons. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">\u00ab Pauvre Wilfred ! soupira Mme Benson. \u00ab Il s\u2019emp\u00eatre toujours toutes sortes d\u2019ennuis. J&rsquo;esp\u00e8re que tu n&rsquo;as pas \u00e9t\u00e9 trop dur avec lui. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">\u00ab Pas plus qu&rsquo;il ne le m\u00e9ritait \u00bb, dit son fils d\u2019un ton s\u00e9v\u00e8re. \u00ab Bonne nuit. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">II.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">Le puits, qui avait depuis longtemps \u00e9t\u00e9 abandonn\u00e9, \u00e9tait presque enti\u00e8rement cach\u00e9 par l&rsquo;\u00e9pais enchev\u00eatrement de broussailles qui envahissait cette partie du vieux parc. Il \u00e9tait en partie recouvert par un demi couvercle ab\u00eem\u00e9, au-dessus duquel un guindeau rouill\u00e9 grin\u00e7ait de concert avec le bruit des pins lorsque le vent soufflait fort. La pleine lumi\u00e8re du soleil ne l&rsquo;atteignait jamais, et le sol qui l&rsquo;entourait \u00e9tait humide et vert alors m\u00eame que d&rsquo;autres parties du parc \u00e9taient noy\u00e9es de chaleur.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">Deux personnes qui se promenaient \u00e0 pas lents dans le parc, dans le calme parfum\u00e9 d&rsquo;une soir\u00e9e d&rsquo;\u00e9t\u00e9, s&rsquo;\u00e9gar\u00e8rent en direction du puits.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">\u00ab Inutile de traverser ce recoin sauvage, Olive \u00bb, dit Benson, en s&rsquo;arr\u00eatant \u00e0 la lisi\u00e8re des pins et en regardant avec un certain d\u00e9go\u00fbt l&rsquo;obscurit\u00e9 qui r\u00e9gnait au-del\u00e0.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">\u00ab La meilleure partie du parc \u00bb, r\u00e9pondit vivement la jeune fille. \u00ab Vous savez que c&rsquo;est mon endroit pr\u00e9f\u00e9r\u00e9. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">\u00ab Je sais que vous aimez beaucoup vous asseoir sur la margelle, dit lentement l&rsquo;homme, et je souhaiterais que vous ne le fassiez pas. Un jour, vous vous pencherez trop en arri\u00e8re et vous tomberez \u00e0 l&rsquo;eau. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">\u00ab Et je ferai connaissance avec la V\u00e9rit\u00e9 \u00bb, dit Olive avec l\u00e9g\u00e8ret\u00e9. \u00ab Venez. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">Elle s&rsquo;\u00e9loigna de lui en courant et se perdit dans l&rsquo;ombre des pins, les foug\u00e8res craquant sous ses pieds. Son compagnon la suivit lentement et, \u00e9mergeant de l&rsquo;obscurit\u00e9, la vit se tenir d\u00e9licatement au bord du puits, les pieds cach\u00e9s dans les herbes folles et les orties qui l&rsquo;entouraient. Elle fit signe \u00e0 son compagnon de s&rsquo;asseoir \u00e0 ses c\u00f4t\u00e9s et sourit doucement lorsqu&rsquo;elle sentit un bras puissant passer autour de sa taille.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">\u00ab J&rsquo;aime cet endroit \u00bb, dit-elle en rompant un long silence, \u00ab il est si lugubre, si \u00e9trange. Vous savez que je n&rsquo;oserais pas m&rsquo;asseoir ici toute seule, Jem. Je m&rsquo;imaginerais que toutes sortes de choses affreuses sont cach\u00e9es derri\u00e8re les buissons et les arbres, pr\u00eates \u00e0 jaillir sur moi. Pouah ! \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">\u00ab Vous feriez mieux de me laisser vous ramener \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur \u00bb, dit tendrement son compagnon ; \u00ab le puits n&rsquo;est pas toujours salubre, surtout par cette chaleur. Venez. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">La jeune fille fit une petite moue de refus et s&rsquo;installa plus solidement sur son si\u00e8ge.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">\u00ab Fumez votre cigare en paix \u00bb, dit-elle doucement. \u00ab Je suis fort bien assise ici pour une discussion tranquille. A-t-on des nouvelles de Wilfred ? \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">\u00ab Rien. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">\u00ab Une disparition plut\u00f4t surprenante, n&rsquo;est-ce pas ? \u00bb poursuivit-elle. \u00ab Une autre embrouille, je suppose, et bient\u00f4t une autre lettre pour vous, toujours dans la m\u00eame veine : &lsquo;Cher Jem, aide-moi \u00e0 me tirer de l\u00e0&rsquo;. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">Jem Benson souffla un nuage de fum\u00e9e odorante dans l&rsquo;air et, tenant son cigare entre les dents, brossa la cendre qui \u00e9tait tomb\u00e9e sur les manches de son manteau.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">\u00ab Je me demande ce qu&rsquo;il ferait sans vous \u00bb, dit la jeune fille en lui pressant affectueusement le bras. \u00ab Je suppose qu&rsquo;il se serait \u00e9vanoui dans la nature depuis longtemps. Quand nous serons mari\u00e9s, Jem, je me chargerai de lui faire la le\u00e7on. Il est extravagant, mais il a ses bons c\u00f4t\u00e9s, le pauvre. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">\u00ab Je ne les ai jamais vus \u00bb, dit Benson avec une surprenante amertume. \u00ab Dieu sait que je ne les ai jamais vus. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">\u00ab Il n&rsquo;est l&rsquo;ennemi de personne d&rsquo;autre que lui-m\u00eame \u00bb, dit la jeune fille, surprise par cet acc\u00e8s de col\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">\u00ab Vous ne savez pas grand-chose de lui \u00bb, dit l&rsquo;autre avec brusquerie. \u00ab Il n&rsquo;avait pas peur du chantage ; peu lui importait de ruiner la vie d&rsquo;un ami pour son propre b\u00e9n\u00e9fice. C&rsquo;\u00e9tait un tire-au-flanc, un malotru et un menteur ! \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">La jeune fille leva les yeux vers lui d\u2019un air s\u00e9rieux mais timide, et prit son bras sans un mot. Ils rest\u00e8rent tous deux silencieux pendant que le soir devenait nuit et que les rayons de la lune, \u00e0 travers les branches, les entouraient d&rsquo;une toile argent\u00e9e. La t\u00eate de la jeune fille s&rsquo;enfon\u00e7a dans l&rsquo;\u00e9paule du jeune homme, jusqu&rsquo;\u00e0 ce que, soudain, elle se l\u00e8ve en poussant un cri aigu.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">\u00ab Qu&rsquo;est-ce que c&rsquo;\u00e9tait ? \u00bb s&rsquo;\u00e9cria-t-elle dans un souffle.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">\u00ab Que s&rsquo;est-il pass\u00e9 ? \u00bb demanda Benson en se levant et en l&rsquo;agrippant fermement par le bras.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">Elle reprit son souffle et essaya de rire.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">\u00ab Vous me faites mal, Jem. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">Son emprise se rel\u00e2cha.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">\u00ab Quel est le probl\u00e8me ? \u00bb demanda-t-il doucement. \u00ab Qu&rsquo;est-ce qui vous a fait sursauter ? \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">\u00ab J&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 surprise \u00bb, dit-elle lentement, en posant ses mains sur son \u00e9paule. Je suppose que les mots que j&rsquo;ai employ\u00e9s tout \u00e0 l&rsquo;heure r\u00e9sonnent dans mes oreilles, mais j&rsquo;ai cru que quelqu&rsquo;un derri\u00e8re nous avait murmur\u00e9 : \u00ab Jem, aide-moi \u00e0 sortir de l\u00e0 \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">\u00ab Curieux \u00bb r\u00e9p\u00e9tait Benson, et sa voix tremblait ; \u00ab mais ces fantaisies ne vous font aucun bien. Vous avez peur de l&rsquo;obscurit\u00e9 et de la noirceur de ces arbres. Laissez-moi vous ramener \u00e0 la maison. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">\u00ab Non, je n&rsquo;ai pas peur \u00bb, dit la jeune fille en se redressant. \u00ab Je n&rsquo;aurais jamais peur de quoi que ce soit tant que vous serez avec moi, Jem. Je m&rsquo;\u00e9tonne d&rsquo;avoir \u00e9t\u00e9 si b\u00eate. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">L&rsquo;homme ne r\u00e9pondit pas, mais resta debout, silhouette forte et sombre, \u00e0 un m\u00e8tre ou deux du puits, comme s&rsquo;il attendait qu&rsquo;elle le rejoigne.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">\u00ab Venez vous asseoir, monsieur \u00bb, s&rsquo;exclama Olive en tapotant la ma\u00e7onnerie de sa petite main blanche, \u00ab ou l\u2019on pourrait croire que vous n&rsquo;aimez pas ma compagnie.\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">Il ob\u00e9it lentement et s&rsquo;assit \u00e0 ses c\u00f4t\u00e9s, tirant si fort sur son cigare qu&rsquo;\u00e0 chaque bouff\u00e9e la lumi\u00e8re lui en \u00e9clairait le visage. Il passa son bras, ferme et rigide comme l&rsquo;acier, derri\u00e8re elle, la main appuy\u00e9e sur la ma\u00e7onnerie.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">\u00ab Avez-vous assez chaud ? \u00bb demanda-t-il tendrement lorsqu&rsquo;elle fit un petit mouvement. \u00ab On ne devrait pas avoir froid \u00e0 cette \u00e9poque de l&rsquo;ann\u00e9e, mais il y a un air froid et humide qui monte du puits \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">Au moment o\u00f9 elle parlait, un l\u00e9ger clapotement se fit entendre dans les profondeurs et, pour la deuxi\u00e8me fois de la soir\u00e9e, Olive bondit du puits en poussant un petit cri de consternation.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">\u00ab Qu&rsquo;est-ce qu&rsquo;il y a encore ? demanda Benson d&rsquo;une voix effray\u00e9e. Il se tenait pr\u00e8s d&rsquo;elle et fixait le puits, comme s&rsquo;il s&rsquo;attendait \u00e0 en voir sortir la cause de son affolement.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">\u00ab Oh, mon bracelet, s&rsquo;\u00e9cria-t-elle effondr\u00e9e, le bracelet de ma pauvre m\u00e8re. Je l&rsquo;ai laiss\u00e9 tomber dans le puits. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">\u00ab Votre bracelet ! \u00bb r\u00e9p\u00e9ta Benson faiblement. \u00ab Votre bracelet ? Celui en diamant ? \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">\u00ab Celui qui appartenait \u00e0 ma m\u00e8re \u00bb, dit Olive. \u00ab Oh, nous pouvons s\u00fbrement le r\u00e9cup\u00e9rer. Il faut faire pomper l&rsquo;eau. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">\u00ab Votre bracelet ! \u00bb r\u00e9p\u00e9ta Benson h\u00e9b\u00e9t\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">\u00ab Jem, dit la jeune fille d\u2019un ton terrifi\u00e9, mon cher Jem, que se passe-t-il ? \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">Car l&rsquo;homme qu&rsquo;elle aimait \u00e9tait debout et la regardait avec horreur. La lumi\u00e8re de la lune, qui l\u2019effleurait, n&rsquo;\u00e9tait pas seule responsable de la blancheur de son visage d\u00e9form\u00e9, et elle recula, effray\u00e9e, jusqu&rsquo;au bord du puits. Il vit l\u2019angoisse de sa compagne et, par un puissant effort, il recouvra son sang-froid et lui prit la main.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">\u00ab Pauvre petite fille, murmura-t-il, tu m&rsquo;as fait peur. Je ne regardais pas quand tu as cri\u00e9, et j&rsquo;ai cru que tu m\u2019\u00e9chappais et glissais, vers le fond&#8230; le fond&#8230; \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">Sa voix se brisa, et la jeune fille, se jetant dans ses bras, s&rsquo;accrocha \u00e0 lui convulsivement.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">\u00ab Allons, allons, ne pleurez pas, ne pleurez pas \u00bb, dit Benson avec tendresse.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">\u00ab Demain \u00bb, dit Olive, mi-riant, mi-pleurant, \u00ab nous viendrons tous autour du puits avec un hame\u00e7on et une ligne et nous p\u00eacherons le bracelet. Ce sera un tout nouveau sport. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">\u00ab Non, il faut essayer autre chose \u00bb, dit Benson. \u00ab Vous le r\u00e9cup\u00e9rerez. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">\u00ab Comment ? \u00bb demanda la jeune fille.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">\u00ab Vous verrez \u00bb, dit Benson. \u00ab Demain matin au plus tard, vous le r\u00e9cup\u00e9rerez. D&rsquo;ici l\u00e0, promettez-moi de ne parler de cela \u00e0 personne. Promettez-moi. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">\u00ab Je vous le promets \u00bb, dit Olive, \u00e9tonn\u00e9e. \u00ab Mais pourquoi ? \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">\u00ab Il est d&rsquo;une grande valeur, d&rsquo;une part, et &#8211; mais il y a &#8211; il y a beaucoup de raisons. Pour commencer, il est de mon devoir \u00e0 moi de vous le retrouver. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">\u00ab N&rsquo;aimeriez-vous pas plonger pour le rep\u00eacher ? \u00bb demanda-t-elle malicieusement. \u00ab Ecoutez. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">Elle se baissa pour attraper une pierre et la laissa tomber.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">\u00ab Imaginez que vous vous trouviez l\u00e0-dedans maintenant, dit-elle en regardant dans le noir, imaginez que vous tourniez en rond comme une souris dans un seau, que vous vous accrochiez aux parois gluantes, que l&rsquo;eau vous remplisse la bouche pendant que vous regardez le petit pan de ciel au-dessus de vous. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">\u00ab Vous feriez mieux de rentrer \u00bb, dit Benson, tr\u00e8s calmement. \u00ab Vous prenez go\u00fbt au morbide et \u00e0 l&rsquo;horrible. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">La jeune fille se retourna et, prenant son bras, marcha lentement en direction de la maison ; Mme Benson, qui \u00e9tait assise sous le porche, se leva pour les recevoir.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">\u00ab Vous n&rsquo;auriez pas d\u00fb la laisser dehors si longtemps \u00bb, dit-elle d&rsquo;un ton irrit\u00e9. \u00ab O\u00f9 \u00e9tiez-vous ?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">\u00ab Assis sur le puits \u00bb, r\u00e9pondit Olive en souriant, \u00ab en train de discuter de notre avenir. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">\u00ab Je ne trouve pas que cet endroit soit sain \u00bb, dit Mme Benson avec insistance. \u00ab Je pense vraiment qu&rsquo;il devrait \u00eatre combl\u00e9, Jem. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">\u00ab C\u2019est vrai \u00bb, dit lentement son fils. \u00ab Dommage qu&rsquo;il n&rsquo;ait pas \u00e9t\u00e9 combl\u00e9 depuis longtemps. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">Il prit la chaise laiss\u00e9e vacante par sa m\u00e8re qui \u00e9tait retourn\u00e9e \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur avec Olive et, les mains pendantes, resta assis \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir. Au bout d&rsquo;un moment, il se leva, monta dans une pi\u00e8ce r\u00e9serv\u00e9e aux articles de sport, choisit une ligne de p\u00eache et quelques hame\u00e7ons et redescendit furtivement. Il traversa le parc en h\u00e2te en direction du puits, se retournant pour regarder les fen\u00eatres \u00e9clair\u00e9es de la maison avant d&rsquo;entrer dans l&rsquo;ombre des arbres. Puis, ayant arrang\u00e9 sa ligne, il s&rsquo;assit au bord du puits et l&rsquo;abaissa avec pr\u00e9caution.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">Il resta assis, les l\u00e8vres serr\u00e9es, regardant de temps en temps autour de lui d&rsquo;un air inquiet, comme s&rsquo;il s&rsquo;attendait \u00e0 voir quelque chose l&rsquo;\u00e9pier depuis la ceinture d&rsquo;arbres. Maintes fois, il abaissa sa ligne jusqu&rsquo;\u00e0 ce qu&rsquo;enfin, en la remontant, il entende un petit tintement m\u00e9tallique contre la paroi du puits.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">Il retint alors sa respiration et, oubliant ses craintes, remonta la ligne centim\u00e8tre par centim\u00e8tre, afin de ne pas perdre son pr\u00e9cieux fardeau. Son pouls battait rapidement et ses yeux brillaient. Au fur et \u00e0 mesure que la ligne remontait, il distinguait la prise accroch\u00e9e \u00e0 l&rsquo;hame\u00e7on et, d&rsquo;une main ferme, il tira \u00e0 lui les derniers m\u00e8tres de fil. Il s&rsquo;aper\u00e7ut alors qu&rsquo;au lieu du bracelet, il avait accroch\u00e9 un trousseau de cl\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">Il les fit retomber dans l&rsquo;eau en poussant un faible cri, puis resta debout \u00e0 respirer bruyamment. Aucun son ne venait troubler le calme de la nuit. Il marcha de long en large et \u00e9tira ses muscles, puis il revint au puits et reprit sa t\u00e2che.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">Pendant une heure ou plus, la ligne descendit sans r\u00e9sultat. Dans son empressement, il oublia ses craintes et, les yeux baiss\u00e9s vers le puits, il p\u00eacha lentement et prudemment. Par deux fois, l&rsquo;hame\u00e7on se prit dans quelque chose et fut difficilement lib\u00e9r\u00e9. Il s&rsquo;y accrocha une troisi\u00e8me fois, et tous ses efforts furent vains. Il laissa alors tomber la ligne dans le puits et, la t\u00eate basse, se dirigea vers la maison.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">Il se rendit d&rsquo;abord dans les \u00e9curies situ\u00e9es \u00e0 l&rsquo;arri\u00e8re, puis, se retirant dans sa chambre, il fit les cent pas. Enfin, sans se d\u00e9shabiller, il se jeta sur le lit et s&rsquo;endormit d&rsquo;un sommeil agit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">III.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">Bien avant que quiconque ne fut \u00e9veill\u00e9, il se leva et descendit doucement les escaliers. La lumi\u00e8re du soleil p\u00e9n\u00e9trait par toutes les embrasures et traversait en longues tra\u00een\u00e9es les pi\u00e8ces sombres. La salle \u00e0 manger, dans laquelle il jeta un coup d&rsquo;oeil, paraissait froide et triste dans la lumi\u00e8re jaune et sombre qui passait \u00e0 travers les stores baiss\u00e9s. Il se souvint qu&rsquo;elle avait le m\u00eame aspect lorsque son p\u00e8re \u00e9tait mort dans la maison ; maintenant, comme alors, tout paraissait effroyable et irr\u00e9el ; les chaises m\u00eames, qui se trouvaient l\u00e0 o\u00f9 leurs occupants les avaient laiss\u00e9es la nuit pr\u00e9c\u00e9dente, semblaient se livrer \u00e0 une sombre conversation.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">Lentement et sans bruit, il ouvrit la porte du hall et sortit dans l&rsquo;air parfum\u00e9. Le soleil brillait sur l&rsquo;herbe et les arbres tremp\u00e9s, et un brouillard blanc, qui s&rsquo;\u00e9vanouissait peu \u00e0 peu, roulait comme de la fum\u00e9e sur le terrain. Il resta un moment debout, respirant profond\u00e9ment l&rsquo;air doux du matin, puis marcha \u00e0 pas lents en direction des \u00e9curies.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">Le grincement rouill\u00e9 de la poign\u00e9e d&rsquo;une pompe et une \u00e9claboussure d&rsquo;eau sur la cour aux tuiles rouges indiquaient que quelqu&rsquo;un d&rsquo;autre \u00e9tait en train de s&rsquo;activer. Quelques pas plus loin, il aper\u00e7ut un homme costaud, aux cheveux sablonneux, qui haletait furieusement en activant la pompe.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">\u00ab Tout est pr\u00eat, George ? demanda-t-il tranquillement.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">\u00ab Oui, monsieur \u00bb, r\u00e9pondit l&rsquo;homme en se redressant brusquement et en se touchant le front. \u00ab Bob est en train de terminer les pr\u00e9paratifs \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur. C&rsquo;est une belle matin\u00e9e pour faire trempette. L&rsquo;eau de ce puits doit \u00eatre glac\u00e9e. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">\u00ab Faites aussi vite que possible \u00bb, dit Benson, impatient.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">\u00ab Tr\u00e8s bien, monsieur \u00bb, dit George, en se frottant \u00e9nergiquement le visage avec une toute petite serviette qui \u00e9tait suspendue au-dessus de la pompe. \u00ab D\u00e9p\u00eache-toi, Bob. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">En r\u00e9ponse \u00e0 son appel, un homme apparut \u00e0 la porte de l&rsquo;\u00e9curie, un rouleau de corde solide sur le bras et un grand chandelier en m\u00e9tal \u00e0 la main.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">\u00ab Juste pour contr\u00f4ler l&rsquo;air, monsieur \u00bb, dit George, suivant le regard de son ma\u00eetre, \u00ab l\u2019air d\u2019un puits est parfois vici\u00e9, mais si une bougie peut y survivre, un homme le peut aussi \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">Son ma\u00eetre acquies\u00e7a, et l&rsquo;homme, remontant pr\u00e9cipitamment le col de sa chemise et enfon\u00e7ant ses bras dans son manteau, le suivit tandis qu&rsquo;il se dirigeait lentement vers le puits.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">\u00ab Je vous demande pardon, monsieur, dit George en se rapprochant de lui, mais vous n&rsquo;avez pas l&rsquo;air tr\u00e8s bien ce matin. Si vous me laissiez descendre, j&rsquo;appr\u00e9cierais le bain. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">\u00ab Non, non \u00bb, dit Benson d&rsquo;un ton p\u00e9remptoire.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">\u00ab Vous n&rsquo;\u00eates pas en \u00e9tat de descendre, monsieur \u00bb, persista son domestique. \u00ab Je ne vous ai jamais vu dans un tel \u00e9tat. Maintenant, si&#8230; \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">\u00ab Occupez-vous de vos affaires \u00bb, r\u00e9torqua s\u00e8chement son ma\u00eetre.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">George resta silencieux et les trois hommes march\u00e8rent jusqu&rsquo;au puits d&rsquo;un pas anim\u00e9 dans l&rsquo;herbe longue et humide. Bob jeta la corde par terre et, sur un signe de son ma\u00eetre, lui tendit le chandelier.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">\u00ab Voici le fil, monsieur \u00bb, dit Bob en fouillant dans ses poches.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">Benson le prit et l&rsquo;attacha lentement au chandelier. Il pla\u00e7a ensuite le chandelier sur le bord du puits et, craquant une allumette, il alluma la bougie et commen\u00e7a \u00e0 la faire descendre lentement.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">\u00ab Tenez ferme, monsieur \u00bb, dit rapidement George en lui posant la main sur le bras, \u00ab il faut l&rsquo;incliner, sinon la ficelle va br\u00fbler. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">Pendant qu&rsquo;il parlait, le fil se rompit et le chandelier tomba dans l&rsquo;eau.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">Benson jura doucement.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">\u00ab Je vais vous en trouver un autre \u00bb, dit George en se levant.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">\u00ab Peu importe, le puits est en bon \u00e9tat \u00bb, dit Benson.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">\u00ab Cela ne prendra qu&rsquo;un instant, monsieur \u00bb, dit l&rsquo;homme par-dessus son \u00e9paule.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">\u00ab Vous \u00eates le ma\u00eetre ici, ou c&rsquo;est moi ? \u00bb dit Benson d&rsquo;une voix rauque.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">George revint lentement, un coup d&rsquo;\u0153il sur le visage de son ma\u00eetre arr\u00eata toute protestation sur ses l\u00e8vres, et il resta \u00e0 le regarder d&rsquo;un air boudeur tandis que Benson s&rsquo;asseyait sur la margelle et \u00f4tait sa veste. Les deux hommes l&rsquo;observ\u00e8rent curieusement. Ses pr\u00e9paratifs termin\u00e9s, il se tint debout, sombre et silencieux, les mains le long du corps.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">\u00ab J&rsquo;aimerais que vous me laissiez y aller, monsieur \u00bb, dit George, trouvant le courage de s&rsquo;adresser \u00e0 lui. \u00ab Vous n&rsquo;\u00eates pas en \u00e9tat, vous avez un rhume ou quelque chose comme \u00e7a. Je ne m&rsquo;\u00e9tonnerais pas que ce soit la typho\u00efde. Il y en a beaucoup au village. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">Benson le regarda un instant avec col\u00e8re, puis son regard s&rsquo;adoucit. \u00ab Pas cette fois, George \u00bb, dit-il, calmement. Il prit l&rsquo;extr\u00e9mit\u00e9 de la corde, la pla\u00e7a sous ses bras et, s&rsquo;asseyant, passa une jambe par-dessus le rebord du puits.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">\u00ab Comment allez-vous vous y prendre, monsieur ? \u00bb demanda George en se saisissant de la corde et en faisant signe \u00e0 Bob d&rsquo;en faire autant.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">\u00ab J&rsquo;appellerai quand j&rsquo;atteindrai l&rsquo;eau \u00bb, dit Benson, \u201cpuis je ferai trois m\u00e8tres de plus pour atteindre le fond\u201d.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">\u00ab Tr\u00e8s bien, monsieur \u00bb, r\u00e9pondirent les deux domestiques.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">Leur ma\u00eetre jeta l&rsquo;autre jambe par-dessus la margelle et s&rsquo;assit sans bouger. Il tournait le dos aux hommes et restait assis, la t\u00eate pench\u00e9e, \u00e0 regarder le fond du puits. Cela dura si longtemps que George se sentit mal \u00e0 l&rsquo;aise.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">\u00ab Tout va bien, monsieur ? demanda-t-il.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">\u00ab Oui \u00bb, dit Benson, lentement. \u00ab Si je tire sur la corde, George, remontez-moi imm\u00e9diatement. Maintenant, faites-moi descendre. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">La corde se d\u00e9roula r\u00e9guli\u00e8rement entre leurs mains jusqu&rsquo;\u00e0 ce qu&rsquo;un cri caverneux montant de l&rsquo;obscurit\u00e9 et un l\u00e9ger clapotis les avertissent qu&rsquo;il avait touch\u00e9 l&rsquo;eau. Ils lui donn\u00e8rent trois m\u00e8tres de plus et se tinrent debout, la poigne d\u00e9tendue et les oreilles tendues, dans l&rsquo;expectative.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">\u00ab Il a coul\u00e9 \u00bb, dit Bob \u00e0 voix basse.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">L&rsquo;autre fit un signe de t\u00eate et, humectant ses \u00e9normes paumes, saisit plus fermement la corde.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">Une bonne minute s&rsquo;\u00e9coula, et les hommes commenc\u00e8rent \u00e0 \u00e9changer des regards inquiets. C&rsquo;est alors qu&rsquo;une brusque secousse, suivie d&rsquo;une s\u00e9rie de secousses plus faibles, faillit arracher la corde de leurs mains.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">\u00ab Tirez ! \u00bb cria George, pla\u00e7ant un pied sur le c\u00f4t\u00e9 et tirant d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9ment. \u00ab Tirez ! tirez ! Il est coinc\u00e9, il ne vient pas, tirez ! \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">En r\u00e9ponse \u00e0 leurs terribles efforts, la corde remonta lentement, centim\u00e8tre par centim\u00e8tre, jusqu&rsquo;\u00e0 ce qu&rsquo;un violent \u00e9claboussement se fasse entendre. Au m\u00eame moment, un cri d&rsquo;horreur insens\u00e9 retentit dans le puits.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">\u00ab Quel poids ! \u00bb haletait Bob. \u00ab Il est coinc\u00e9, ou quelque chose comme \u00e7a. Ne bougez pas, monsieur ; pour l&rsquo;amour du ciel, ne bougez pas. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">En effet, la corde tendue \u00e9tait violemment secou\u00e9e, comme si une lutte se d\u00e9roulait au fond du puits. Les deux hommes, avec force grognements et soupirs, la tiraient pied par pied.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">\u00ab Tout va bien, monsieur ! \u00bb cria George d&rsquo;un ton enthousiaste.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">Il avait un pied appuy\u00e9 contre le puits et tirait vigoureusement ; le fardeau approchait du sommet. Une longue et forte traction, et c\u2019est le visage d&rsquo;un homme mort qui surgit par-dessus le bord, de la boue d\u00e9goulinant de ses yeux et de ses narines. Juste derri\u00e8re apparut le visage hagard de son ma\u00eetre ; mais il le vit trop tard, car, dans un grand cri, il l\u00e2cha la corde et fit un pas en arri\u00e8re. La soudainet\u00e9 du geste renversa son compagnon et la corde se d\u00e9chira entre ses mains. Il y eut un \u00e9claboussement \u00e9pouvantable.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">Bob balbutia : \u00ab Imb\u00e9cile ! \u00bb et se pr\u00e9cipita vers le puits, impuissant.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">\u00ab Courez ! \u00bb s&rsquo;\u00e9cria George. \u00ab Courez chercher une autre corde. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">Il se pencha sur la margelle et appela, affol\u00e9, vers le fond, tandis que son assistant retournait en toute h\u00e2te aux \u00e9curies en poussant des cris fr\u00e9n\u00e9tiques. Sa voix r\u00e9sonna dans le puits, mais seul le silence lui r\u00e9pondit.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-source-serif-font-family\">FIN&nbsp;de<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-source-serif-font-family\"><em>Le puits<\/em>, de W. W. Jacobs<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>W. W. Jacobs Temps de lecture : 23 minutes Deux hommes bavardaient dans la salle de billard d&rsquo;une ancienne maison de campagne. 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