{"id":1,"date":"2024-09-28T12:00:00","date_gmt":"2024-09-28T10:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/letrangemanuscrit.art\/?p=1"},"modified":"2024-10-22T19:59:54","modified_gmt":"2024-10-22T17:59:54","slug":"le-lac","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/letrangemanuscrit.art\/?p=1","title":{"rendered":"Le lac (1936)"},"content":{"rendered":"\n<h3 class=\"wp-block-heading has-text-align-left\">Hugh Walpole <\/h3>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\"><em>Temps de lecture : 26 minutes.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\"><strong>I<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">Tandis que Foster, l\u2019esprit ailleurs, se d\u00e9pla\u00e7ait \u00e0 travers la pi\u00e8ce, pench\u00e9 vers la biblioth\u00e8que et, un peu courb\u00e9 en avant, choisissait des yeux tant\u00f4t un livre, tant\u00f4t un autre, son h\u00f4te, regardant les muscles de sa nuque maigre se d\u00e9tacher au-dessus de son col de flanelle, pensait \u00e0 la facilit\u00e9 avec laquelle il pourrait serrer cette gorge, et au plaisir, au plaisir triomphant et lascif, qu&rsquo;une telle action lui procurerait.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">La pi\u00e8ce basse, aux murs et aux plafonds blancs, \u00e9tait inond\u00e9e du soleil doux et agr\u00e9able des Lakeland. Octobre est un mois merveilleux dans les lacs anglais, dor\u00e9, riche et parfum\u00e9 ; des soleils lents se d\u00e9pla\u00e7ant \u00e0 travers des cieux teinte d&rsquo;abricot jusque vers des gloires vesp\u00e9rales couleur rubis ; les ombres s&rsquo;\u00e9tendent alors, profondes, sur ce beau pays, en taches de pourpre sombre, en longs motifs de gaze argent\u00e9e semblables \u00e0 des toiles d\u2019araign\u00e9e, en \u00e9paisses \u00e9claboussures d&rsquo;ambre et de gris. Les nuages passent comme des galions \u00e0 travers les montagnes, tant\u00f4t les dissimulant, tant\u00f4t les r\u00e9v\u00e9lant, tant\u00f4t descendant comme des arm\u00e9es fant\u00f4matiques jusqu&rsquo;au coeur m\u00eame des plaines, puis s&rsquo;\u00e9levant soudain vers le plus doux des ciels bleus et s&rsquo;allongeant dans une couleur langoureuse.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">Le cottage de Fenwick donnait sur les montagnes des Low Fells ; \u00e0 sa droite, vues par les fen\u00eatres lat\u00e9rales, s&rsquo;\u00e9tendaient les collines dominant le lac Ullswater.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">Fenwick regardait le dos de Foster et se sentit soudain naus\u00e9eux ; il s&rsquo;assit, se voilant un instant les yeux de sa main. Foster \u00e9tait mont\u00e9 jusqu\u2019ici, depuis Londres, pour s&rsquo;expliquer. C&rsquo;\u00e9tait tellement Foster de vouloir s&rsquo;expliquer, de vouloir arranger les choses. Depuis combien d&rsquo;ann\u00e9es connaissait-il Foster ? Vingt ans au moins, et pendant toutes ces ann\u00e9es, Foster avait toujours \u00e9t\u00e9 d\u00e9termin\u00e9 \u00e0 arranger les choses avec tout le monde. Il ne supportait pas de d\u00e9plaire ; il d\u00e9testait que quelqu&rsquo;un pense du mal de lui ; il voulait que tout le monde soit son ami. C&rsquo;\u00e9tait peut-\u00eatre l&rsquo;une des raisons pour lesquelles Foster avait si bien fait son chemin, avait si bien r\u00e9ussi sa carri\u00e8re ; une raison, aussi, pour laquelle Fenwick n&rsquo;avait pas r\u00e9ussi.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">Car Fenwick \u00e9tait en cela l&rsquo;oppos\u00e9 de Foster. Il ne voulait pas d&rsquo;amis, il ne se souciait certainement pas que les gens l&rsquo;aiment &#8211; c&rsquo;est-\u00e0-dire les gens pour lesquels, pour une raison ou une autre, il avait du m\u00e9pris &#8211; et il avait du m\u00e9pris pour un grand nombre de personnes.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">Fenwick regarda ce dos long, mince et courb\u00e9 et sentit ses genoux trembler. Bient\u00f4t, Foster se retournerait et de sa voix aigu\u00eb, fl\u00fbt\u00e9e, d\u00e9biterait quelque chose \u00e0 propos des livres. \u00ab\u00a0Quels livres amusants tu as, Fenwick !\u00a0\u00bb Combien de fois, au cours de ses longues nuits de veilles, Fenwick, lorsqu\u2019il ne parvenait pas \u00e0 dormir, avait-il entendu cette voix r\u00e9sonner tout pr\u00e8s de lui &#8211; oui, dans l&rsquo;ombre m\u00eame de son lit ! Et combien de fois Fenwick lui avait-il r\u00e9pondu : \u00ab\u00a0Je te d\u00e9teste ! Tu es la cause de ma vie rat\u00e9e ! Tu as toujours \u00e9t\u00e9 sur mon chemin. Toujours, toujours, toujours ! Tu as \u00e9t\u00e9 condescendant, hypocrite, et en v\u00e9rit\u00e9 tu ne montrais aux autres que combien peu tu me consid\u00e9rais, quel grand rat\u00e9, quel idiot vaniteux j\u2019\u00e9tais ! Je le sais. Tu ne peux rien me cacher ! Je peux t\u2019entendre !\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">Depuis vingt ans maintenant, Foster s&rsquo;\u00e9tait obstin\u00e9ment trouv\u00e9 sur le chemin de Fenwick. Il y avait eu cette affaire, il y a si longtemps maintenant, lorsque Robins avait cherch\u00e9 un r\u00e9dacteur en chef adjoint pour sa merveilleuse revue, le <em>Parth\u00e9non<\/em>, et Fenwick \u00e9tait all\u00e9 le voir et ils avaient eu une sublime conversation. Comme Fenwick avait magnifiquement parl\u00e9 ce jour-l\u00e0 ; avec quel enthousiasme il avait montr\u00e9 \u00e0 Robins (qui, de toute fa\u00e7on, \u00e9tait aveugl\u00e9 par sa propre vanit\u00e9) le genre de journal que le <em>Parth\u00e9non<\/em> pourrait devenir ; comment Robins s\u2019\u00e9tait \u00e0 son tour laisser gagner par l\u2019enthousiasme, comment il avait pouss\u00e9 son gros corps dans la pi\u00e8ce en criant : \u00ab\u00a0Oui, oui, Fenwick, c&rsquo;est tr\u00e8s bien ! C\u2019est tr\u00e8s bien, vraiment !\u201d Et puis comment, apr\u00e8s tout, c\u2019\u00e9tait Foster qui avait obtenu ce travail.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">Le journal n&rsquo;avait v\u00e9cu qu&rsquo;un an ou deux, c&rsquo;est vrai, mais ses relations avec ce journal avaient propuls\u00e9 Foster sur le devant de la sc\u00e8ne tout comme Fenwick aurait pu l\u2019\u00eatre !<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">Puis, cinq ans plus tard, il y avait le roman de Fenwick, <em>L\u2019Alo\u00e8s amer<\/em> &#8211; le roman auquel il avait consacr\u00e9 trois ans d&rsquo;efforts, de sang et de larmes &#8211; et puis, dans la m\u00eame semaine de publication, Foster sortait <em>Le cirque<\/em>, le roman qui le consacra, bien que, par Dieu, ce soit une assez pi\u00eatre pacotille sentimentale. Vous direz qu&rsquo;un roman ne peut pas en tuer un autre &#8211; mais, vraiment ? Si <em>Le cirque<\/em> n&rsquo;avait pas paru, ce groupe de p\u00e9dants londoniens &#8211; cette foule vaniteuse, limit\u00e9e, ignorante, satisfaite d&rsquo;elle-m\u00eame, qui peut n\u00e9anmoins, par ses propos, tant affecter la bonne ou la mauvaise fortune d&rsquo;un livre &#8211; n&rsquo;aurait-il pas parl\u00e9 de <em>L\u2019Alo\u00e8s amer<\/em> et ne l&rsquo;aurait-il pas mis en avant ? Dans les faits, le livre \u00e9tait mort-n\u00e9 tandis que <em>Le cirque<\/em> poursuivait son chemin, caracollant et triomphant.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">Apr\u00e8s cela, il y avait eu de nombreuses occasions &#8211; certaines petites, d&rsquo;autres grandes &#8211; et toujours, d&rsquo;une mani\u00e8re ou d&rsquo;une autre, le corps mince, maigre, de Foster contrariait le bonheur de Fenwick.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">Cela \u00e9tait devenu, bien entendu, une obsession pour Fenwick. Cach\u00e9 l\u00e0-haut au c\u0153ur des lacs, sans amis, presque sans compagnie et avec tr\u00e8s peu d&rsquo;argent, il avait trop de temps pour ruminer son \u00e9chec. Il \u00e9tait un rat\u00e9 et ce n&rsquo;\u00e9tait pas de sa faute. Comment cela pourrait-il \u00eatre sa propre faute, avec ses dons et son intelligence ? C&rsquo;\u00e9tait la faute de la vie moderne, qui manquait de culture, la faute de ce stupide fatras mat\u00e9riel qui constituait l&rsquo;intelligence de l\u2019\u00eatre humain &#8211; et la faute de Foster.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">Fenwick avait toujours esp\u00e9r\u00e9 que Foster ne s\u2019approcherait pas de lui. Il ne savait pas de quoi il serait capable s&rsquo;il revoyait cet homme. Et puis un jour, \u00e0 sa grande surprise, il re\u00e7ut un t\u00e9l\u00e9gramme :<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\"><em>De passage dans les environs. Puis-je rester chez toi lundi et mardi ? -Giles Foster.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">Fenwick pouvait \u00e0 peine en croire ses yeux, et alors &#8211; par curiosit\u00e9, par m\u00e9pris cynique, par un motif plus profond et plus myst\u00e9rieux qu&rsquo;il n&rsquo;osait pas analyser &#8211; il avait t\u00e9l\u00e9graphi\u00e9 &#8211; <em>Viens<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">Et le voila, cet homme. Et il \u00e9tait venu &#8211; le croiriez-vous ? &#8211; pour \u00a0\u00bb arranger les choses \u00ab\u00a0. Il avait entendu par Hamlin Eddis que Fenwick \u00e9tait f\u00e2ch\u00e9 avec lui, qu&rsquo;il avait une sorte de grief contre lui.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">\u00ab\u00a0Cela m\u2019\u00e9tait d\u00e9sagr\u00e9able, mon vieux, et j&rsquo;ai pens\u00e9 que je pourrais passer et en parler avec toi, voir quel \u00e9tait le probl\u00e8me, et le r\u00e9gler.\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">Hier soir, apr\u00e8s le d\u00eener, Foster avait essay\u00e9 d&rsquo;arranger les choses. Avec enthousiasme, avec les yeux d&rsquo;un bon chien qui r\u00e9clame un os qu&rsquo;il sait m\u00e9riter, il avait tendu la main et demand\u00e9 \u00e0 Fenwick de \u00ab\u00a0dire ce qui n\u2019allait pas\u00a0\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">Fenwick avait simplement dit que tout allait bien ; Hamlin Eddis \u00e9tait un fichu imb\u00e9cile.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">\u00ab\u00a0Oh, je suis heureux d&rsquo;entendre \u00e7a !\u00a0\u00bb s&rsquo;\u00e9tait \u00e9cri\u00e9 Foster, se levant de sa chaise et posant sa main sur l&rsquo;\u00e9paule de Fenwick. \u00ab\u00a0J&rsquo;en suis heureux, mon vieux. Je ne pourrais pas supporter que nous ne soyons pas amis. Nous avons \u00e9t\u00e9 amis si longtemps.\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">Seigneur ! Comme Fenwick l&rsquo;avait d\u00e9test\u00e9 \u00e0 ce moment l\u00e0 !<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\"><strong>II<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">\u00ab\u00a0Quel joli lot de livres tu as !\u00a0\u00bb Foster se retourna et regarda Fenwick avec des yeux enthousiastes et r\u00e9jouis. \u00ab\u00a0Chaque livre ici est int\u00e9ressant ! J&rsquo;aime aussi la fa\u00e7on dont tu les as dispos\u00e9s, et ces \u00e9tag\u00e8res ouvertes &#8211; je trouve toujours dommage d&rsquo;enfermer les livres derri\u00e8re une vitre !\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">Foster s&rsquo;approcha et s&rsquo;assit tout pr\u00e8s de son h\u00f4te. Il avan\u00e7a m\u00eame sa main et la posa sur le genou de son h\u00f4te. \u00ab\u00a0\u00c9coute ! C&rsquo;est la derni\u00e8re fois que j&rsquo;en parle &#8211; promis ! Mais je veux m&rsquo;en assurer. Il n&rsquo;y a rien qui ne va pas entre nous, n&rsquo;est-ce pas, mon vieux ? Je sais que tu me l&rsquo;as assur\u00e9 hier soir, mais je veux juste&#8230;\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">Fenwick le regarda et, l&rsquo;observant, ressentit soudain un plaisir de haine exquise. Il aimait le contact de la main de l&rsquo;homme sur son genou ; lui-m\u00eame se pencha un peu en avant et, pensant combien il serait agr\u00e9able d&rsquo;enfoncer les yeux de Foster, profond\u00e9ment, profond\u00e9ment dans sa t\u00eate, les \u00e9craser, les r\u00e9duire en bouillie jusqu&rsquo;\u00e0 la pourpre, laissant les orbites vides, fixes et sanglantes, dit :<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">\u00ab\u00a0Mais non. Bien s\u00fbr que non. Je te l&rsquo;ai dit hier soir. Que pourrait-il y avoir ?\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">La main serra le genou un peu plus fort.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">\u00ab\u00a0Je suis <em>tellement<\/em> heureux ! C&rsquo;est formidable ! Formidable ! J&rsquo;esp\u00e8re que tu ne me trouveras pas ridicule, mais j&rsquo;ai toujours eu de l&rsquo;affection pour toi, d&rsquo;aussi loin que je me souvienne. J&rsquo;ai toujours voulu mieux te conna\u00eetre. J&rsquo;ai tellement admir\u00e9 ton talent. Ton roman, celui sur l&rsquo;alo\u00e8s&#8230;\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">\u00ab\u00a0<em>L&rsquo;alo\u00e8s amer<\/em> ?\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">\u00ab\u00a0Ah oui, c&rsquo;est \u00e7a. C&rsquo;\u00e9tait un livre splendide. Pessimiste, bien s\u00fbr, mais excellent tout de m\u00eame. Il aurait d\u00fb faire mieux. Je me souviens l&rsquo;avoir pens\u00e9 \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque.\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">\u00ab\u00a0Oui, il aurait d\u00fb faire mieux.\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">\u00ab\u00a0Ton temps viendra, cependant. Ce que je dis, c&rsquo;est que le bon travail finit toujours par payer.\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">\u00ab\u00a0Oui, mon heure viendra.\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">La voix fluette et chevrotante continua :<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">\u00ab\u00a0J&rsquo;ai eu plus de succ\u00e8s que je ne le m\u00e9ritais. Oh oui, c&rsquo;est vrai. Ne le nie pas. Je ne suis pas faussement modeste. Je le pense vraiment. J&rsquo;ai du talent, bien s\u00fbr, mais pas autant qu&rsquo;on le dit. Et toi ! Tu en as bien plus qu&rsquo;ils ne le reconnaissent. C&rsquo;est vrai, mon vieux. C&rsquo;est vrai. Seulement &#8211; j&rsquo;esp\u00e8re que tu me pardonneras de le dire &#8211; peut-\u00eatre n&rsquo;as-tu pas progress\u00e9 comme tu aurais pu le faire. Vivre ici, \u00e0 l&rsquo;\u00e9cart, enferm\u00e9 dans toutes ces montagnes, dans ce climat humide &#8211; il pleut tout le temps &#8211; eh bien, tu es \u00e0 l&rsquo;\u00e9cart des choses ! Tu ne vois personne, tu ne parles pas et ne d\u00e9couvres pas ce qui se passe vraiment. Eh, regarde-moi !\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">Fenwick se retourna et le regarda.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">\u00ab\u00a0Maintenant, je passe la moiti\u00e9 de l&rsquo;ann\u00e9e \u00e0 Londres, o\u00f9 l&rsquo;on trouve le meilleur de tout, les meilleures discussions, la meilleure musique, les meilleures pi\u00e8ces de th\u00e9\u00e2tre ; et puis je passe trois mois \u00e0 l&rsquo;\u00e9tranger, en Italie ou en Gr\u00e8ce ou ailleurs, et ensuite trois mois \u00e0 la campagne. C&rsquo;est l&rsquo;arrangement id\u00e9al. De cette fa\u00e7on, on a tout.\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">L&rsquo;Italie ou la Gr\u00e8ce ou ailleurs !<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">Quelque chose se retourna dans la poitrine de Fenwick, grin\u00e7ant, grin\u00e7ant, grin\u00e7ant. Combien il avait d\u00e9sir\u00e9, oh, combien passionn\u00e9ment, juste une semaine en Gr\u00e8ce, deux jours en Sicile ! Parfois, il avait pens\u00e9 qu&rsquo;il pourrait y arriver, mais lorsqu&rsquo;il avait fallu compter les <em>pennies<\/em>&#8230; Et que cet imb\u00e9cile, cette grosse t\u00eate, cet homme suffisant, vaniteux et condescendant&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">Il se leva, regardant le soleil dor\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">\u00ab\u00a0Que dirais-tu d&rsquo;une promenade ?\u00a0\u00bb sugg\u00e9ra-t-il. \u00ab\u00a0Il y a encore une bonne heure de jour.\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\"><strong>III<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">D\u00e8s que les mots eurent quitt\u00e9 ses l\u00e8vres, il eu l&rsquo;impression qu&rsquo;un autre les avait prononc\u00e9s pour lui. Il se retourna m\u00eame \u00e0 moiti\u00e9 pour voir si quelqu&rsquo;un d&rsquo;autre \u00e9tait l\u00e0. Depuis l&rsquo;arriv\u00e9e de Foster la veille au soir, il avait eu conscience de cette sensation. Une promenade ? Pourquoi devrait-il se promener avec Foster, lui montrer son pays bien-aim\u00e9, lui montrer ces courbes, ces lignes et ces creux, le large bouclier argent\u00e9 de l&rsquo;Ullswater, les collines violettes dans les nuages, repli\u00e9es comme des couvertures sur les genoux d&rsquo;un g\u00e9ant \u00e9tendu ? Pourquoi ? C&rsquo;\u00e9tait comme s&rsquo;il s&rsquo;\u00e9tait tourn\u00e9 vers quelqu&rsquo;un derri\u00e8re lui et avait dit : \u00ab\u00a0Vous avez un autre dessein dans cette affaire.\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">Ils se mirent en marche. La route descendait brusquement vers le lac, puis le chemin passait entre les arbres au bord de l&rsquo;eau. De l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9 du lac, des tons de lumi\u00e8re jaune vif, d\u2019un teint de crocus, se d\u00e9tachaient sur le bleu de l\u2019eau. Les collines \u00e9taient sombres.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">La fa\u00e7on dont Foster marchait personnifiait l&rsquo;homme. Il avait toujours un peu d&rsquo;avance sur vous, poussant son corps long et mince avec de petites secousses impatientes, comme si,&nbsp; s\u2019il ne se d\u00e9p\u00eachait pas, il risquait de manquer quelque chose qui lui serait immens\u00e9ment avantageux. Il parlait, jetant des mots \u00e0 Fenwick par-dessus son \u00e9paule comme on jette des miettes de pain \u00e0 un merle.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">\u00ab\u00a0Bien s\u00fbr que j&rsquo;\u00e9tais heureux. Qui ne le serait pas ? Apr\u00e8s tout, c&rsquo;est un nouveau prix. Ils ne le d\u00e9cernent que depuis un an ou deux, mais c&rsquo;est gratifiant &#8211; vraiment gratifiant &#8211; de l&rsquo;obtenir. Quand j&rsquo;ai ouvert l&rsquo;enveloppe et que j&rsquo;ai trouv\u00e9 le ch\u00e8que &#8211; eh bien, on aurait pu m&rsquo;assommer avec une plume. Vraiment. Bien s\u00fbr, cent livres, ce n&rsquo;est pas beaucoup. Mais c&rsquo;est l&rsquo;honneur&#8230;.\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">O\u00f9 allaient-ils ? Leur destin \u00e9tait trac\u00e9 comme s&rsquo;ils n&rsquo;avaient pas de libre-arbitre. Libre-arbitre ? Il n&rsquo;y a pas de libre-arbitre. Tout est destin. Fenwick rit soudainement tout haut.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">Foster s\u2019arr\u00eata.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">\u00ab\u00a0Hein, qu&rsquo;est-ce que c&rsquo;est ?\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">\u00ab\u00a0Qu&rsquo;est-ce que c&rsquo;est, quoi ?\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">\u00ab\u00a0Tu as ri.\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">\u00ab\u00a0Quelque chose m&rsquo;a amus\u00e9.\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">Foster glissa son bras sous celui de Fenwick.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">\u00ab\u00a0C&rsquo;est amusant de se promener ensemble comme \u00e7a, bras dessus, bras dessous, en amis. Je suis un homme sentimental. Je ne vais pas le nier. Ce que je dis, c&rsquo;est que la vie est courte et que l&rsquo;on doit aimer ses semblables, sinon o\u00f9 sommes-nous ? Tu vis trop seul, mon vieux.\u00a0\u00bb Il serra le bras de Fenwick. \u00ab\u00a0C&rsquo;est la v\u00e9rit\u00e9.\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">C&rsquo;\u00e9tait une torture, une torture exquise, c\u00e9leste. Il \u00e9tait merveilleux de sentir ce bras fin et osseux se presser contre le sien. On pouvait presque entendre les battements de cet autre coeur. Merveilleux de sentir ce bras et la tentation de le prendre dans ses mains et de le plier et de le tordre et ensuite d&rsquo;entendre les os craquer&#8230; craquer&#8230; craquer&#8230;.. Merveilleux de sentir cette tentation monter dans son corps comme de l&rsquo;eau bouillante et de ne pas y c\u00e9der. Pendant un moment, la main de Fenwick toucha celle de Foster. Puis il s&rsquo;\u00e9carta.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">\u00ab\u00a0Nous arrivons au village. Voila l&rsquo;h\u00f4tel o\u00f9 tout le monde vient l&rsquo;\u00e9t\u00e9. Tournons ici \u00e0 droite. Je vais te montrer mon petit lac.\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\"><strong>IV<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">\u00ab\u00a0Ton petit lac ?\u00a0\u00bb demanda Foster. \u00ab\u00a0Pardonne mon ignorance, mais qu&rsquo;entends-tu par <em>petit lac<\/em> exactement ?\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">\u00ab\u00a0Un lac miniature, une mare d&rsquo;eau pos\u00e9e dans le giron de la colline. Tr\u00e8s calme, charmant, silencieux. Certains de ces lacs sont immens\u00e9ment profonds.\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">\u00ab\u00a0J&rsquo;aimerais bien voir cela.\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">\u00ab\u00a0C&rsquo;est \u00e0 une courte distance, sur une route accident\u00e9e. Cela pose-t-il probl\u00e8me ?\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">\u00ab\u00a0Pas du tout. J&rsquo;ai de longues jambes.\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">\u00ab\u00a0Certains sont immens\u00e9ment profonds &#8211; insondables &#8211; personne n&rsquo;en a touch\u00e9 le fond &#8211; mais silencieux, comme du verre, avec seulement des ombres&#8230;\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">\u00ab\u00a0Tu sais, Fenwick, j&rsquo;ai toujours eu peur de l&rsquo;eau, je n&rsquo;ai jamais appris \u00e0 nager. J&rsquo;ai peur d\u2019aller o\u00f9 je n\u2019ai pas pied. N&rsquo;est-ce pas ridicule ? Mais tout cela est d\u00fb au fait qu&rsquo;\u00e0 mon \u00e9cole priv\u00e9e, il y a des ann\u00e9es, alors que j&rsquo;\u00e9tais un petit gar\u00e7on, de grands gaillards m&rsquo;ont attrap\u00e9 et m&rsquo;ont maintenu la t\u00eate sous l&rsquo;eau ; ils ont failli me noyer. Eh oui. Ils sont all\u00e9s plus loin qu&rsquo;ils ne le voulaient. Je peux encore voir leurs visages.\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">Fenwick consid\u00e9ra cela. L&rsquo;image jaillit dans son esprit. Il pouvait voir les gar\u00e7ons &#8211; des gars grands et forts, probablement &#8211; et cette chose maigre comme une grenouille, leurs mains \u00e9paisses autour de sa gorge, ses jambes comme des b\u00e2tons gris qui sortent de l&rsquo;eau, leurs rires, leur soudain sentiment que quelque chose ne va pas, le corps maigre tout flasque et immobile &#8211; &#8230;..<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">Il prit une grande inspiration.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">Foster marchait \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de lui maintenant, non devant, comme s&rsquo;il avait un peu peur et avait besoin d&rsquo;\u00eatre rassur\u00e9. En effet, le d\u00e9cor avait chang\u00e9. Devant et derri\u00e8re eux s&rsquo;allongeait le chemin en pente, parsem\u00e9 de schistes et de pierres. Sur leur droite, sur une corniche au pied de la colline, se trouvaient des carri\u00e8res, presque d\u00e9sertes, mais d&rsquo;autant plus m\u00e9lancoliques dans l&rsquo;apr\u00e8s-midi qui s&rsquo;\u00e9teignait qu&rsquo;on y travaillait encore un peu ; de faibles bruits provenaient des aust\u00e8res chemin\u00e9es, un ruisseau coulait rageusement en cascade dans un bassin en contrebas, de temps en temps une silhouette noire, comme un point d&rsquo;interrogation, apparaissait sur la colline qui s&rsquo;assombrissait.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">Le chemin \u00e9tait maintenant un peu raide, et Foster soufflait et haletait.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">Fenwick le d\u00e9testait d&rsquo;autant plus pour cela. Si mince et sec, et pourtant incapable de rester en forme ! Ils tr\u00e9buchaient, restant en-dessous de la carri\u00e8re, au bord de l&rsquo;eau vive tant\u00f4t verte, tant\u00f4t d&rsquo;un blanc-gris sale, progressant \u00e0 flanc de colline.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">Leurs visages \u00e9taient maintenant tourn\u00e9s vers le mont Helvellyn. Il terminait le groupe de collines, en refermant la base, et s&rsquo;\u00e9talant ensuite sur la droite.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">\u00ab\u00a0Voil\u00e0 le lac !\u00a0\u00bb s&rsquo;exclama Fenwick, avant d&rsquo;ajouter : \u00ab\u00a0Le jour ne dure pas aussi longtemps que je l&rsquo;avais pr\u00e9vu. Il commence d\u00e9j\u00e0 \u00e0 faire sombre.\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">Foster tr\u00e9bucha et attrapa le bras de Fenwick.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">\u00ab\u00a0Ce cr\u00e9puscule donne aux collines un aspect \u00e9trange &#8211; comme si elles \u00e9taient des \u00eatres vivants. Je peux \u00e0 peine voir mon chemin.\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">\u00ab\u00a0Nous sommes seuls ici\u00a0\u00bb, r\u00e9pondit le Fenwick. \u00ab\u00a0Ne sens-tu pas le calme ? Les hommes doivent avoir quitt\u00e9 la carri\u00e8re et sont rentr\u00e9s chez eux. Il n&rsquo;y a personne d&rsquo;autre que nous ici. Si tu regardes bien, tu verras une \u00e9trange lumi\u00e8re verte descendre au-dessus des collines. Cela ne dure qu&rsquo;un instant, puis c&rsquo;est la nuit.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">\u00ab\u00a0Voici mon lac. Sais-tu combien j&rsquo;aime cet endroit, Foster ? Il semble m&rsquo;appartenir tout particuli\u00e8rement, tout comme tout ton travail, ta gloire, ta renomm\u00e9e et ton succ\u00e8s semblent t\u2019appartenir. J&rsquo;ai ceci et tu as cela. Peut-\u00eatre qu&rsquo;au final, nous sommes quittes, apr\u00e8s tout. Oui&#8230;.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">\u00ab\u00a0Mais j&rsquo;ai l&rsquo;impression que ce petit bout d&rsquo;eau m&rsquo;appartient et que je lui appartiens, comme si nous ne devions jamais \u00eatre s\u00e9par\u00e9s &#8211; oui. &#8230; Il est si noir, n&rsquo;est-ce pas ?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">\u00ab\u00a0C&rsquo;est l&rsquo;un des plus profonds. Personne ne l&rsquo;a jamais sond\u00e9. Seul le Helvellyn connait sa profondeur, et j\u2019aime \u00e0 imaginer qu\u2019un jour il me mettra moi aussi dans la confidence, qu&rsquo;il me murmurera ses secrets&#8230;\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">Foster \u00e9ternua.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">\u00ab\u00a0Tr\u00e8s joli. Tr\u00e8s beau, Fenwick. J&rsquo;aime ton lac. Charmant. Et maintenant, faisons demi-tour. Le chemin est difficile sous la carri\u00e8re. Il fait frais, aussi.\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">\u00ab\u00a0Tu vois cette petite jet\u00e9e l\u00e0-bas ?\u00a0\u00bb Fenwick prit Foster par le bras. \u00ab\u00a0Quelqu&rsquo;un l&rsquo;a construite jusque dans l&rsquo;eau. Il y avait un bateau ici, je suppose. Viens, regarde en bas. Du bout de la petite jet\u00e9e, l&rsquo;eau a l\u2019air si profonde, et les montagnes semblent se refermer sur nous.\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">Fenwick prit le bras de Foster et le conduisit jusqu&rsquo;au bout de la jet\u00e9e. De fait, l&rsquo;eau y avait l\u2019air profonde. Profonde et tr\u00e8s noire. Foster y jeta un coup d&rsquo;\u0153il, puis il leva les yeux vers les collines qui semblaient s&rsquo;\u00eatre rapproch\u00e9es tout autour de lui. Il \u00e9ternua de nouveau.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">\u00ab\u00a0J&rsquo;ai pris froid, j&rsquo;en ai peur. Rentrons, Fenwick, ou nous ne retrouverons jamais notre chemin.\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">\u00ab\u00a0Rentrons, alors\u00a0\u00bb, dit Fenwick, et ses mains se referm\u00e8rent sur le cou maigre et ch\u00e9tif. Pendant un instant, la t\u00eate se tourna \u00e0 moiti\u00e9, et deux yeux effray\u00e9s, \u00e9trangement enfantins, le fix\u00e8rent ; puis, d\u2019une pouss\u00e9e ridiculement simple, le corps fut projet\u00e9 vers l&rsquo;avant, il y eut un cri aigu, un \u00e9claboussement, quelque chose de blanc s\u2019agita dans le cr\u00e9puscule qui tombait rapidement, encore, et encore, puis des ondulations lointaines, puis le silence.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\"><strong>V<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">Le silence s\u2019\u00e9tendit. Ayant envelopp\u00e9 le lac, il se r\u00e9pandit sur les collines d\u00e9j\u00e0 endormies, comme un doigt sur des l\u00e8vres. Fenwick prenait part \u00e0 ce silence. Il s&rsquo;y complaisait. Il ne bougeait pas d\u2019un pouce. Il restait l\u00e0 \u00e0 regarder l&rsquo;eau sombre du lac, les bras crois\u00e9s, un homme perdu dans ses pens\u00e9es les plus intenses. Mais il ne pensait pas. Il \u00e9tait seulement conscient d&rsquo;un chaud et voluptueux soulagement, d&rsquo;un sentiment sensuel qui n&rsquo;\u00e9tait pas du tout une pens\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">Foster n\u2019\u00e9tait plus, cet imb\u00e9cile fatigant, pr\u00e9tentieux, vaniteux et satisfait de lui-m\u00eame ! Parti, pour ne jamais revenir. Le lac l&rsquo;en assurait. Il fixait le visage de Fenwick avec approbation, comme s&rsquo;il disait : \u00ab\u00a0Tu as bien fait &#8211; un travail propre et n\u00e9cessaire. Nous l&rsquo;avons fait ensemble, toi et moi. Je suis fier de toi.\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">Il \u00e9tait fier de lui-m\u00eame. Enfin, il avait fait quelque chose de concret de sa vie. Des pens\u00e9es, des pens\u00e9es actives, ardentes, commen\u00e7aient \u00e0 envahir son cerveau. Pendant toutes ces ann\u00e9es, il avait tra\u00een\u00e9 dans cet endroit sans ne rien faire d&rsquo;autre qu&rsquo;entretenir des griefs, faible, l\u00e2che &#8211; maintenant, enfin, il avait agi. Il se redressa et regarda les collines. Il \u00e9tait fier &#8211; et il avait froid. Il frissonnait. Il remonta le col de son manteau. Oui, il y avait cette faible lumi\u00e8re verte qui toujours s&rsquo;attardait dans l&rsquo;ombre des collines pendant un bref instant avant que l&rsquo;obscurit\u00e9 ne tombe. Il se faisait tard. Mieux valait rentrer.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">Tremblant maintenant au point de claquer des dents, il commen\u00e7a \u00e0 descendre le sentier, puis se rendit compte qu&rsquo;il ne voulait pas quitter le lac. Le lac \u00e9tait amical &#8211; le seul ami qu&rsquo;il avait au monde. Alors qu&rsquo;il tr\u00e9buchait dans l&rsquo;obscurit\u00e9, ce sentiment de solitude grandissait. Il rentrait dans une maison vide. Il y avait eu un invit\u00e9 la nuit derni\u00e8re. Qui \u00e9tait-ce ? Foster, bien s\u00fbr. Foster avec son rire idiot et ses yeux aimables et m\u00e9diocres. Eh bien, Foster ne serait pas l\u00e0 maintenant. Non, il n&rsquo;y serait plus jamais.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">Et soudain, Fenwick se mit \u00e0 courir. Il ne savait pas pourquoi, hormis que, maintenant qu&rsquo;il avait quitt\u00e9 le lac, il se sentait seul. Il aurait voulu pouvoir rester l\u00e0-haut toute la nuit, mais comme il faisait froid, il ne le pouvait pas, et maintenant il courait pour rentrer chez lui, retrouver ses lumi\u00e8res et ses meubles familiers &#8211; et toutes les choses qui, il le savait, le rassureraient.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">Il courait, et le schiste et les pierres se dispersaient sous ses pieds, produisant comme des bruits de p\u00e9piements derri\u00e8re lui, et il semblait que quelqu&rsquo;un d&rsquo;autre courait aussi. Il s&rsquo;arr\u00eata, et l&rsquo;autre coureur s&rsquo;arr\u00eata \u00e9galement. Il souffla dans le silence. Il avait chaud maintenant. La transpiration ruisselait sur ses joues. Il pouvait en sentir un filet dans son dos, sous sa chemise. Ses genoux tremblaient. Son c\u0153ur battait la chamade. Et tout autour de lui, les collines \u00e9taient si \u00e9tonnamment silencieuses, comme des nuages en caoutchouc que l&rsquo;on pourrait pousser ou tirer, comme on le fait avec les masques en caoutchouc, gris contre le ciel nocturne d&rsquo;un violet cristallin \u00e0 la surface duquel, comme les yeux scintillants des bateaux en mer, des \u00e9toiles commen\u00e7aient \u00e0 appara\u00eetre.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">Ses<strong> <\/strong>genoux cess\u00e8rent de trembler, son c\u0153ur battit moins fort, et il se remit \u00e0 courir. Soudain, il tourna le coin de la rue et se trouva devant l&rsquo;h\u00f4tel. Les lampes \u00e9taient bienveillantes, rassurantes. Il marcha alors tranquillement le long du chemin qui longeait le lac, et s&rsquo;il n&rsquo;avait pas eu la certitude que quelqu&rsquo;un marchait derri\u00e8re lui, il aurait \u00e9t\u00e9 \u00e0 l&rsquo;aise. Il s&rsquo;arr\u00eata une ou deux fois pour regarder en arri\u00e8re, et une fois il s&rsquo;arr\u00eata et cria \u00ab\u00a0Qui va l\u00e0 ?\u00a0\u00bb Seul le bruissement des arbres lui r\u00e9pondit.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">Il eut l\u2019id\u00e9e extravagante &#8211; mais son cerveau palpitait si fort qu&rsquo;il ne pouvait pas r\u00e9fl\u00e9chir &#8211; que c&rsquo;\u00e9tait le petit lac qui le suivait, le petit lac qui glissait, glissait le long de la route, \u00e9tait pr\u00e8s de lui pour qu&rsquo;il ne soit pas seul. Il pouvait presque entendre l\u2019eau murmurer \u00e0 son oreille : \u00ab\u00a0Nous avons fait cela ensemble, et je ne veux pas que tu en portes toute la responsabilit\u00e9. Je resterai avec toi, pour que tu ne te sentes pas seul.\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">Il descendit la route en direction de son domicile, vit les lumi\u00e8res de sa maison. Il entendit le claquement du portail derri\u00e8re lui se refermer comme une porte de prison. Il entra dans le salon, \u00e9clair\u00e9 et accomod\u00e9. L\u00e0 se trouvaient les livres que Foster avait admir\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">La vieille femme qui s&rsquo;occupait de lui apparut.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">\u00ab\u00a0Voulez-vous du th\u00e9, monsieur ?\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">\u00ab\u00a0Non, merci, Annie.\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">\u00ab\u00a0L&rsquo;autre monsieur en voudra-t-il ?\u00a0\u00bb :<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">\u00ab\u00a0Non, l&rsquo;autre monsieur est absent pour la nuit.\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">\u00ab\u00a0Alors il n&rsquo;y aura qu&rsquo;une seule personne pour le d\u00eener ?\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">\u00ab\u00a0Oui, une seule personne pour le d\u00eener.\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">Il s&rsquo;assit dans le creux du sofa et sombra instantan\u00e9ment dans un profond sommeil.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\"><strong>VI<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">Il se r\u00e9veilla lorsque la vieille femme lui tapa sur l&rsquo;\u00e9paule pour lui annoncer que le souper \u00e9tait servi. La pi\u00e8ce \u00e9tait sombre, \u00e0 l&rsquo;exception de la lumi\u00e8re vacillante de deux bougies. Ces deux chandeliers rouges, comme il les d\u00e9testait, l\u00e0, sur la chemin\u00e9e ! Il les avait toujours d\u00e9test\u00e9s, et maintenant ils lui semblaient avoir quelque chose de la voix de Foster &#8211; ce timbre aigu, fin et fl\u00fbt\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">Il s&rsquo;attendait \u00e0 chaque instant \u00e0 voir Foster entrer, et pourtant il savait que cela n\u2019arriverait pas. Il continuait \u00e0 tourner la t\u00eate vers la porte, mais il faisait si sombre qu&rsquo;on ne pouvait y voir. Toute la pi\u00e8ce \u00e9tait obscure, sauf l\u00e0, pr\u00e8s de la chemin\u00e9e, o\u00f9 les deux chandeliers g\u00e9missaient leur malheureuse complainte scintillante.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">Il alla dans la salle \u00e0 manger et s&rsquo;assit pour prendre son repas. Mais il ne put rien avaler. C&rsquo;\u00e9tait \u00e9trange &#8211; cette place pr\u00e8s de la table o\u00f9 aurait d\u00fb se trouver la chaise de Foster. \u00c9trange, nue, et qui faisait na\u00eetre en lui un sentiment de solitude.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">Il se leva de table et alla \u00e0 la fen\u00eatre, l&rsquo;ouvrit et regarda dehors. Il entendit quelque chose, un filet d&rsquo;eau, une agitation \u00e0 travers le silence, comme si un bassin profond se remplissait \u00e0 ras bord. Un bruissement dans les arbres, peut-\u00eatre. Une chouette hulula ; brusquement, comme si quelqu&rsquo;un avait soudain parl\u00e9 derri\u00e8re son \u00e9paule, il referma la fen\u00eatre et regarda derri\u00e8re lui, scrutant la pi\u00e8ce sous ses sourcils sombres.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">Puis il monta se coucher.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\"><strong>VII<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">Avait-il dormi, ou n\u2019\u00e9tait-il rest\u00e9 que paresseusement allong\u00e9, \u00e0 demi assoupi, plong\u00e9 une luxueuse absence de pens\u00e9es ? Il \u00e9tait bien r\u00e9veill\u00e9 maintenant, tout \u00e0 fait r\u00e9veill\u00e9, et son c\u0153ur battait avec angoisse. C&rsquo;\u00e9tait comme si quelqu&rsquo;un l&rsquo;avait appel\u00e9 par son nom. Il dormait toujours la fen\u00eatre entrouverte et le store relev\u00e9. Cette nuit, le clair de lune donnait aux objets de sa chambre une ombre maladive. Ce n&rsquo;\u00e9tait pas un d\u00e9luge de lumi\u00e8re, ni une brusque \u00e9claboussure formant un carr\u00e9 ou un cercle argent\u00e9, et plongeant le reste de la pi\u00e8ce dans une obscurit\u00e9 d&rsquo;\u00e9b\u00e8ne. La lumi\u00e8re \u00e9tait faible, un peu verte, peut-\u00eatre, comme l&rsquo;ombre qui vient sur les collines juste avant la nuit.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">Il fixa la fen\u00eatre, et il lui sembla que quelque chose bougeait. Dans, ou plut\u00f4t contre, la lumi\u00e8re vert-gris, scintillait quelque chose de teinte argent\u00e9e. Fenwick regarda fixement. Cela ressemblait, tr\u00e8s exactement, \u00e0 de l&rsquo;eau qui glissait sur la fen\u00eatre.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">De l&rsquo;eau qui glissait ! Il \u00e9couta, la t\u00eate relev\u00e9e, et il lui sembla que, de l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9 de la fen\u00eatre, il percevait l&rsquo;agitation de l&rsquo;eau, qui ne coulait pas, mais plut\u00f4t qui montait sans cesse, gargouillant de satisfaction, et remplissait, remplissait sans fin.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">Il se redressa dans son lit et constata alors que de l&rsquo;eau ruisselait de la tapisserie sous la fen\u00eatre. Il pouvait la voir s\u2019\u00e9couler jusqu&rsquo;au rebord de la fen\u00eatre, ralentir, puis glisser, glisser le long du plan inclin\u00e9. Ce qui \u00e9tait curieux, c&rsquo;est qu&rsquo;elle se d\u00e9versait si silencieusement.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">De l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9 de la fen\u00eatre, il y avait cet \u00e9trange gargouillis, mais dans la pi\u00e8ce elle-m\u00eame, c&rsquo;\u00e9tait le silence absolu. D&rsquo;o\u00f9 cela pouvait-il venir ? Il voyait la ligne argent\u00e9e s&rsquo;\u00e9lever et s&rsquo;abaisser comme le flux et le reflux sur le linteau de la fen\u00eatre.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">Il fallait qu\u2019il se l\u00e8ve et ferme la fen\u00eatre. Il passa ses jambes au-dessus de ses draps et de ses couvertures et baissa le regard.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">Il poussa un cri. Le sol \u00e9tait recouvert d&rsquo;une pellicule d&rsquo;eau brillante. L\u2019eau montait. Comme il regardait, elle avait recouvert la moiti\u00e9 des pieds courts et \u00e9pais du lit. Elle s&rsquo;\u00e9levait sans r\u00e9pit, sans rel\u00e2che, sans repos ! Par-dessus le seuil, elle se d\u00e9versait maintenant en un flux r\u00e9gulier, mais sans bruit. Fenwick s\u2019assit dans le lit, les draps ramen\u00e9s contre son menton, clignant des yeux, la pomme d&rsquo;Adam palpitant dans sa gorge comme l\u2019acc\u00e9l\u00e9rateur d\u2019une automobile.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">Mais il fallait faire quelque chose, il fallait arr\u00eater cela. L&rsquo;eau \u00e9tait maintenant au niveau du si\u00e8ge des chaises, toujours silencieuse. Si seulement il pouvait atteindre la porte !<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">Il approcha son pied nu du sol, puis cria \u00e0 nouveau. L&rsquo;eau \u00e9tait glac\u00e9e. Soudain, alors que, pench\u00e9, il fixait son reflet sombre et immobile, quelque chose sembla le pousser en avant. Il tomba. Sa t\u00eate, son visage \u00e9taient sous le liquide glac\u00e9 ; le liquide semblait collant et, au c\u0153ur de sa froidure, chaud comme de la cire fondante. Il lutta pour se relever. L&rsquo;eau lui arrivait \u00e0 la poitrine. Il hurla encore et encore. Il pouvait voir le miroir, la rang\u00e9e de livres, le tableau du \u00ab\u00a0Cheval\u00a0\u00bb de D\u00fcrer, distant, imperm\u00e9able \u00e0 ses souffrances. Il frappa l&rsquo;eau, et les \u00e9claboussures semblaient s&rsquo;accrocher \u00e0 lui comme des \u00e9cailles de poisson, moites au toucher. Il lutta, se frayant un chemin vers la porte.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">L&rsquo;eau atteignait maintenant son cou. Puis quelque chose lui aggripa la cheville. Quelque chose s\u2019accrochait \u00e0 lui. Il se d\u00e9battit en criant : \u00ab\u00a0Laisse-moi partir ! Laisse-moi partir ! Je te dis de me laisser partir ! Je te hais ! Je te hais ! Je ne te rejoindrai pas ! Je ne&#8230;\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">L&rsquo;eau recouvrit sa bouche. Il sentit des phalanges enfoncer ses globes oculaires. Une main froide surgit et saisit sa cuisse nue.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\"><strong>VIII<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">Au matin, la petite bonne frappa et, ne recevant aucune r\u00e9ponse, elle entra, comme \u00e0 son habitude, avec l\u2019eau de rasage. Ce qu&rsquo;elle vit lui fit pousser un cri de terreur. Elle courut chercher le jardinier.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">Ils port\u00e8rent le corps aux yeux fixes et saillants, la langue per\u00e7ant entre ses dents serr\u00e9es, et l&rsquo;\u00e9tendirent sur le lit.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">Il n\u2019y avait d\u2019autre signe de d\u00e9sordre dans la chambre qu\u2019une cruche d&rsquo;eau renvers\u00e9e. Une petite flaque tachait le tapis.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\">La matin\u00e9e \u00e9tait belle. Une brindille de lierre, dans la brise l\u00e9g\u00e8re, tapotait la vitre.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\"><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-source-serif-font-family\">FIN&nbsp;de<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-source-serif-font-family\"><em>Le lac<\/em>, de Hugh Walpole<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-source-serif-font-family\"><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Hugh Walpole Temps de lecture : 26 minutes. 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